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Publié : 9 mai 2010

Edvard Munch, "L’anti-cri" à la pinacothèque de Paris du 19 février au 8 aout 2010

En terminale arts plastiques, les élèves doivent montrer leur capacité à travailler en autonomie, leur maturité intellectuelle et pratique, leur intérêt réel pour la culture artistique en faisant la démarche d’aller, par eux-mêmes, visiter des expositions artistiques ; sans attendre que leurs enseignants les y emmènent.

Ici, le compte rendu de l’exposition "L’anti-cri", consacrée à Edvard Munch, à la Pinacothèque de Paris, du 19 février 2010 au 8 aôut 2010, par Juliette Viger, terminale L.

Juliette Viger, mai 2010 {JPEG}

Je me suis dernièrement rendue à la Pinacothèque de Paris voir l’exposition l’"Anti-Cri" réunissant une centaine d’oeuvres d’Edvard Munch (1863-1944), ce peintre norvégien, précurseur de l‘expressionnisme.

Cet artiste m’était totalement inconnu. Inconnu, je veux dire par là qu’hormis le célèbre "Cri", j’ai gardé de Munch une impression de malaise, une image d’un profil tourmenté qui m’a toujours rebutée. C’est à vrai dire l’intitulé de l’exposition qui m’a décidé à en apprendre plus sur ce peintre et à justement le découvrir et peut être aller au delà de mon apriori. Mais je ne m’attendais pas en passant la porte de la Pinacothèque de Paris, à la découverte d’un artiste aussi intéressant et particulier. En effet je crois que la notoriété exagérée de son "chef d’oeuvre" a occulté la réelle dimension et le vrai message du travail de Munch.

Juliette Viger, mai 2010 {JPEG}

L’exposition est organisée comme un parcours chronologique et débute avec des œuvres de 1880 jusqu’à celles des années 1939. Elle retrace la vie de Munch à travers ses oeuvres et les grands courants artistiques qu’il a traversés. Au fil de l’exposition, on découvre dans les oeuvres de Munch une peinture très autobiographique ("Autoportrait au squelette", "Autoportrait à la bouteille", "Autoportrait à la fièvre espagnole", "Autoportrait aux lunettes" …) mais aussi des oeuvres qui vont questionner, comme le porte "le Cri", la sémantique de la peinture de l’âme.

Juliette Viger, mai 2010 {JPEG}

On ressent l’angoisse et les psychoses que Munch a connu dans sa vie à travers ses oeuvres les plus sombres - peignant des allégories de la mort, la jalousie, des femmes … Cette angoisse présente surtout dans ses premières oeuvres notamment celles qui illustrent une/son enfance (décès de sa mère puis de sa soeur), s’efface pour laisser place à une peinture extrêmement calme et sereine marquée par l’intégration de la couleur.

On ressent tout au long de ses peintures sa volonté de rupture avec les peintres de son temps de par - par exemple - les différentes impressions lithographiques qui nous laissent entendre une recherche de style. Sont exposés alors des multiples essais d’impressions aboutissants à des séries de motifs très percutantes comme la lithographie de "la Madone" ou celle des "Amants" - et c’est l’installation de ces lithographies dans l’espace d’exposition qui m’a fait saisir cette expérimentation de la part de l’artiste. Le fait de pouvoir se rendre compte de toutes les étapes de "fabrication", de création d’une oeuvre, rend cette dernière plus parlante.

Juliette Viger, mai 2010 {JPEG}

De plus les tableaux et lithographies sont accrochés sur un mur sombre et les salles ne sont qu’éclairées par un éclairage direct sur les oeuvres ne rendant leur saisie que plus intense. Autre recherche stylistique, Munch va, sur plusieurs de ces oeuvres (peintures et lithographies), travailler la matière du support en les rayant, les griffant. J’ai beaucoup apprécié ce travail de matières. On y ressent en plus de la confrontation entre légèreté et force du graphisme de Munch, une certaine volonté de "laisser la trace" de son passage - au delà de la simple représentation. D’ailleurs, j’ai été extrêmement surprise par la précision de ce graphisme, du moins la facilité et la capacité de Munch d’illustrations et de suggestion d’un espace, d’une ambiance, d’un instant, en quelques traits de fusain, comme par exemple les 22 planches d’une sorte de fable au récit incompréhensible en images dessinées en 1908-1909, "Alpha et Omega" que Munch a dû faire pour un journal finlandais. J’apprécie ce travail d’illustrations et d’oeuvres où le dessin se voit à nu, c’est à dire où l’abréviation fait place à un inachèvement et quand la synthèse et la translucidité des lignes et formes se rallient à des rehauts ponctuels denses.

Juliette Viger, mai 2010 {JPEG}

D’ailleurs j’ai remarqué qu’il n’était pas utile pour Munch de couvrir toute la surface d’une toile car celle ci servait de fond mais aussi de source de lumière. J’apprécie aussi sa capacité à exceller dans une peinture vive et chargée en matière et couleur.

Au fil des oeuvres, j’ai pu découvrir un peintre qui soit dit en passant a prit une très haute place dans mon patrimoine culturel car j’en ai fais une de mes références artistiques principales, du fait que j’ai rencontré entre son travail et le mien de nombreuses analogies : le rapport construit entre l’oeuvre et l’artiste ; avec l’artiste qui par l’oeuvre va s’illustrer dans un milieu artistique, certes, mais aussi illustrer ce qu’il est (autoportrait) et ce qu’il ressent et voit être. C’est cette vision de l’artiste sur le monde par le biais de ses oeuvres que je reconnais entre Munch et ma réflexion sur l’Art. Cette vision de l’artiste qui va se construire au fil du temps une sémantique qui lui est propre, et qui grâce à celle ci va : soit se construire, soit se voir en "construction" - je veux dire par là, prendre du recul sur soi et peut être apprendre à se dominer grâce à son Art. De plus j’ai été touché par cette volonté apparente d’un "bien-faire" dans ses toiles les plus réalistes ce qui se rapproche aussi de mon travail. L’inachèvement est aussi un de mes choix stylistiques.

Juliette Viger, mai 2010 {JPEG}

Pour conclure, je pourrais dire que cette exposition m’a beaucoup apportée : du fait tout d’abord d’avoir pu dépasser un à-priori sur Munch qui par son "Cri" rebutait la conception que j’avais de son travail, mais aussi et surtout du fait que la proximité entre son travail et le mien - sans dire que nous avons les mêmes motivations - m’a immédiatement sauté aux yeux. Par la suite, je me suis rendue à diverses autres expositions à Paris, motivée par la découverte d’artistes qui me sont inconnus au delà de leurs chefs d’oeuvre.

Juliette Viger, terminale L