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Publié : 16 mai 2010

ORIANE CEBILE pour le sujet "Antithèse", février 2010

Oriane Cébile, Antithèse, février 2010

"J’ai réalisé sur un format allongé une peinture d’une scène de destruction et de génocide dans un village. Les couleurs des flammes, abricot, ambre, jusqu’à bouton d’or, contrastent avec le fond montagneux, vert impérial, vert mélèze. J’ai représenté les maisons, les cadavres entassés, des gens éplorés face à un tel massacre. La scène représentée est large puisque l’on voit même un village en arrière plan, dans les montagnes. Un survivant, dont on ne voit que la moitié du visage, est placé en premier plan et cherche le regard du spectateur, pour le confronter aux réalités de ces horreurs. Si la figuration est volontairement peu réaliste, l’engagement n’en est pas moindre.

L’espace représenté ici est très chargé : nombreuses personnes, morts, maisons, sont présents alors que je suis habituellement dans la représentation de figures seules. Le fond est de même très chargé. J’ai ici totalement mêlé art et engagement, dénonciation, alors que la pratique artistique est, selon moi, un moyen de se faire plaisir, de même que le spectateur doit trouver du plaisir à regarder l’oeuvre. Dans ce travail-ci, l’oeuvre est au contraire dénonciation. Le spectateur est confronté à des évènements violents dont il sait qu’ils existent, sans forcément les avoir vus. Les représenter rend ces évènements plus réels, moins abstraits. A l’image de Wolfgang Tillmans, qui se considère comme un artiste politique, j’ai réalisé une oeuvre engagée, ancrée dans un contexte, à la différence de ma définition de l’artistique, plus intemporelle, compréhensible quel que soit le contexte, dans un but de plaisir, tant pour le spectateur que pour l’artiste.

Ceci constitue une scène extrêmement narrative, saisie sur l’instant et dénonciatrice. Si je n’ai pas connu de tels évènements, je me suis inspirée de discours relatant des épurations ethniques, en Bosnie notamment, sans toutefois me basée sur aucun document visuel. A la différence de mes images précédentes, je n’ai pas cherché à représenter d’après modèle.

"Un tableau qui ne choque pas n’en vaut pas la peine" affirme Marcel Duchamp. Je me suis inspirée de cette citation. Ainsi, alors que je suis dans mes autres travaux dans une pratique intemporelle, de plaisir, non de dénonciation, j’ai réalisé un travail critique, ancré dans le contexte actuel, ce qui rejoint ce qu’affirme Kandinsky : "Chaque artiste, en tant qu’enfant de son époque, doit exprimer ce qui est propre à son époque". Ce travail se comprend dans un contexte donné et vise à confronter le spectateur à une réalité, à le faire se sentir mal à l’aise.

Lorsque je me suis interrogée sur la présentation de mon travail, j’ai cherché un lieu froid, sombre. Je me suis placée l’oeuvre entre les mains, alors que pour mes autres travaux, soit je n’étais pas présente sur la photographie, soit je me tenais cachée derrière l’oeuvre. Je me suis placée devant un mur gris, sombre, sale. Du point de vue de la lumière, j’ai cherché à mettre en contraste le fond et l’oeuvre. Les délimitations sont nettes, les angles durs. Le fond est très peu coloré, par opposition à la peinture que je tiens entre les mains. Ainsi, dans mes autres travaux, je cherchais à présenter l’oeuvre dans un lieu en harmonie avec elle, tandis qu’ici, j’ai volontairement accentué le contraste entre l’oeuvre et l’espace. Ce dernier est le plus simple possible, j’ai de plus simplifié certaines formes, notamment de l’applique et des poutrelles métalliques. De même, les couleurs du fond sont atténuées, désaturées, presque traitées seulement en valeurs de gris alors que les couleurs de l’oeuvre sont accentuées.

En revanche, cela m’a permis de remettre en question la notion de permanence de l’oeuvre dans les esprits. Cette peinture, à l’opposé de ma définition de l’artistique reste ainsi, par la puissance émotionnelle, plus facilement dans la mémoire du spectateur. Au contraire, ma pratique courante, plus agréable à regarder, est sans doute plus rapidemment oubliée. Par la représentation de cette scène de massacre, l’oeuvre se maintient également par sa force symbolique et les émotions qu’elle cause chez le spectateur. Ceci témoigne bien de la force émotionnelle de l’image, qui peut marquer plus qu’un texte relatant des évènements violents."

Cébile Oriane, terminale S