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Publié : 5 septembre 2010

MARJORIE MAURY pour le sujet "Prendre position", octobre 2008

Marjorie Maury, octobre 2008 {JPEG}

Dans la réflexion sur le sujet « Prendre position », mon œuvre a beaucoup évoluée au cours du temps.
Au début, mes questions se portaient sur mon objet partenaire, puis ma réflexion évolua vers un espace m’appartenant et non plus sur un simple objet. La structure de celui-ci est fabriquée avec des matériaux précaires et pauvres tels que le carton et du gros scotch, rappelant l’idée de déménagement, le caractère éphémère de mon œuvre, sa précarité.

J’ai choisi de restreindre la surface de mon espace. Pour le constituer, je dois donc me trouver à l’intérieur. Cela change mon point de vue face à mon travail, je ne peux en aucun cas avoir une vision globale ou avoir un certain recul sur ce dernier
. De plus, la construction et l’élaboration de cet espace ne sont pas préméditées donc les décisions que je prends n’appartiennent qu’à moi. Je suis seule spectatrice de mon espace, et donc seule juge.

A partir de là, l’esthétique n’importe plus, en effet la notion d’esthétique vient avant tout de la subjectivité de mon entourage or je suis la seule spectatrice de mon œuvre. Une certaine liberté s’offre à moi : il n’y a plus toutes les contraintes d’un regard extérieur sur mon travail.

Une fois la structure de mon espace finie ; il a fallu que je commence à personnaliser cet espace afin que j’y trouve une certaine identification. J’ai tout d’abord recouvert partiellement l’intérieur de peinture blanche afin de symboliser le commencement de la création d’un espace. Je pense que cette première étape est indispensable pour moi afin de me définir cet espace comme un espace qui m’est propre, qui m’appartient.

Pendant sa construction, je ressentais un réel sentiment de bien être et de complicité avec mon œuvre ! Comme si plus rien ne m’importait dans le monde extérieur .J’étais comme dans un cocon à l’abri d’un trop vaste monde ; d’où la dominance des teintes référant à l’organique. Mais même si je ressens une certaine liberté dans mon œuvre, cette dernière n’est pas totale : en effet des facteurs variables extérieurs, telle la lumière, m’influence dans mes gestes et dans mon choix de teintes.

La complicité que j’entretiens avec les matériaux dans mes œuvres m’a poussée à développer un côté tactile dans mon espace. Pour cela, j’ai ajouté des matériaux doux tel que du coton, de la moquette, afin de renforcer la symbolisation de la notion de bien être et aussi la notion maternelle : naissance et présence d’une certaine naïveté face au monde. Cette notion maternelle est renforcée par des éléments plastiques (représentations infantiles aux murs de mon espace, voire abstraites telles que des formes sphériques, et une absence de proportionnalité entre les éléments).
Mon cocon qui me semble être coupé du monde ne l’est pas tant que cela : en effet la structure de mon espace présente des orifices, rappelant des meurtrières. Cela peut symboliser l’éclosion de mon cocon vers un monde inconnu mais cela autorise aussi une atteinte à mon intimité. Comme dans certaines œuvres d’Annette Messager, nous avons un jeu entre ces meurtrières et le spectateur lui donnant un caractère voyeuriste. Ce dernier ne peu atteindre qu’une partie de mon intimité, et ici peut s’installer une incompréhension.

Un sentiment de mise en danger à s’ouvrir aux autres s’empare de moi d’où l’ajout de fils me procurant un sentiment de protection. Mais cette dernière action m’enferme encore un peu plus dans mon cocon me détachant encore plus du monde extérieur.

Au cours de mon travail, mon ressenti face à mon œuvre évolue, un sentiment d’oppression se fait de plus en plus ressentir au moment de son achèvement, cet espace pour lequel j’ai beaucoup donné se retourne contre moi.

Plus j’ajoute d’élément sensés me donner du confort et me rapprocher de mon œuvre, plus mon espace se renferme sur moi et se restreint au cours du temps. On peut dire que mon espace est inachevé, mais je ne pense pas que je peux parler d’inachèvement volontaire. En effet, cela m’est imposé par des contraintes physiques et mentales tant cet espace qui se restreint m’opprime.

Au début, j’avais un total détachement avec le monde qui m’entourait mais je me rends compte au fur du temps qu’une dépendance à celui ci se crée. Je ne peux pas sortir seule de cet espace oppressant et angoissant. Un rapport de trahison se crée de façon évidente entre mon corps et mon œuvre.

Marjorie Maury, octobre 2008 {JPEG}

Ici s’installe une contradiction du fait que lorsque je suis à l’extérieur, je veux retrouver mon cocon, mon intérieur chaud et familier. Mais quand je me retrouve dedans : le sentiment d’angoisse s’accroît et me pousse à sortir du cocon.
Je ne sais plus où est ma place je me sens perdue et trahie dans l’artistique qui est à la base, pour moi, un ressourcement. Je suis dans une position d’instabilité, de doute et même de mensonge à moi-même. Ce cocon, pourtant si intime et familier, m’oppresse et m’angoisse. Des questions s’installent en moi sur mon rapport à l’intimité et à l’artistique ! Un besoin de renouvellement devient indispensable, d’où je pense la destruction de mon espace au cours de son achèvement.

Pour la photographie, ma posture dans mon œuvre est repliée sur moi-même, recroquevillée, essayant de me sortir de mon espace. Cela tout en subissant un sentiment de mal-être.

Le photographe dans mon travail n’est que spectateur de ma relation avec mon œuvre ; il me suit du commencement jusqu’à la destruction de l’espace. La photographie sera seulement la trace, le témoin du rapport de mon corps dans et à mon œuvre.

Marjorie Maury, octobre 2008 {JPEG}

Marjorie Maury, terminale S.