Publié : 2 juillet 2011

Histoires photographiques

La rédaction de ces textes était partie prenante du sujet "Des objets dans l’espace, une histoire sans acteurs", dont vous trouverez tous les détails, ici.


Dionnet Vincent, mai 2011 {JPEG}

"Cher Papy Rosé,

Je t’adresse cette lettre car il y a 50 ans, jour pour jour, tu nous as quittés. J’avais 12 ans, j’étais jeune. Je m’en rappelle comme si c’était hier. C’est grâce à toi, que je suis ce que je suis maintenant.
1963, Mamie et toi achetiez une petite maison de campagne blanc crème pour aller chaque weekend à Gressey. Tu as acheté cette vieille ferme et tu l’as refaite de tes propres mains.
Vous aviez vraiment la création dans le sang ! Toi tu étais compositeur et Mamie créatrice de mode. Je me rappelle encore cette ambiance conviviale et familiale qui régnait. Tous tes enfants et petits enfants vivaient dans cette vieille ferme. Beaucoup de familles se seraient déjà déchirées mais nous, nous vivions en une belle symbiose.
Nous sommes en tout 8 petits enfants. Delphine la fragile, Julie la sage, Dorothée la gaie, Mélanie le garçon manqué, Charlotte l’entrepreneuse, Cédric le rêveur, Yann le joueur et moi. Nous vivions tous en paix.
Une des choses qui m’a le plus marqué dans mon enfance c’était le vendredi. J’attendais ce jour avec impatience toute la semaine. Une fois l’école finie, on allait tous chez Papy et Mamie, on saisissait tous un croissant couleur bouton d’or que Mamie venait de cuisiner, "ils sortent du four" comme elle disait et là, je te revoie encore et toujours dans ton fauteuil. C’est LE fauteuil, je ne crois même pas me rappeler un seul jour où tu n’y trônais pas, j’étais même persuadé que tu dormais dedans. Bref, on prenait chacun un petit siège et on s’asseyait tous autour de toi. Le vendredi c’est la fin de la semaine, la fin des cours, alors chacun racontait ses joies et ses bonheurs de la semaine. Bien sûr, étant le plus jeune, j’écoutais et ne parlais jamais, mais j’adorais quand même les écouter parler. Je m’installais juste un peu plus loin et je dessinais.
Et toi, Papy rosé, on t’appelle comme ça, car tu avais toujours ton verre de rosé à la main. Les années passèrent, les vendredis défilèrent et d’année en année chaque enfant quittait le nid familial : Delphine, puis Julie, puis Dorothée jusqu’à Yann. Je restais le seul à aller chez les grands parents tous les vendredis et, de semaine en semaine, ton état s’aggravait, mais je restais optimiste, je me disais : "ça va passer".

Un jour, un autre vendredi, je suis arrivé, j’ai enlevé mon manteau. Tout était comme d’habitude les photos, les fleurs, l’odeur, le métronome posé sur le bureau, ta boîte à cigares au bois d’un subtil mélange d’acajou et d’alezan et même la bouteille de rosé, vide. Mais je ressentais quelque chose, comme une absence. J’ai appelé Mamie qui ne répondit pas et passais alors directement dans le salon et là… j’ai tout compris, ton fauteuil était vide. Sous le poids intense de l’inquiétude, je me suis mis à genoux par terre. Je n’ai pas pleuré. Je me suis dit qu’au moins tu ne souffrirais plus et aussi car j’avais beau fixer ton fauteuil vide, je te voyais encore dedans comme si ton âme le creusait encore.
Je ne sentais plus mes mains, je bougeais mes doigts mais je ne les sentais plus. J’ai baissé la tête de plus en plus, jusqu’à l’avoir collée au sol. Il était de la froideur du marbre. J’ai regardé sous la porte de votre chambre et aperçu du mouvement. Alors seulement, je pus me relever. Je savais ce que j’allais voir, mais comme par instinct, j’avançais dans le couloir qui me parut bien plus long qu’avant. Au cours de mon périple dans ce couloir. Long, obscur, je ne me posais qu’une seule question : comment vais-je réagir ? Évanouissement ? Crise de rire ?
Je suis finalement arrivé devant la porte, j’ai saisi la poignée dans ma main le plus délicatement possible et ouvert. Et là, j’ai vu toute la famille debout tout autour de ton lit, comme ces menhirs en Bretagne, imperturbables, fixes et solides. J’ai essayé de me frayer un chemin dans cette foule dense, compacte et, après ce qui me parût une longue lutte, j’y suis arrivé. J’étais finalement arrivé !
Je te regarde encore, et d’après mes souvenirs les plus précis, ton visage était serein. Ton front si ridé qu’on pouvait lire chacune des journées de ta vie de dur labeur, tes paupières à demi closes sous lesquelles je voyais encore tes yeux vert prairie d’une intensité effrayante et enfin ta bouche. Je suis resté quelques minutes à fixer ta bouche. Il y avait quelque chose d’étrange. En effet, à bien y regarder... tu souriais."

Dionnet Vincent, 1ere S


Dolidon Timothée, mai 2011 {JPEG}

"Eh bien, il a oublié toutes ses affaires, le vieux.

Je vais les garder pour cette nuit, et lui rapporter demain ; il sera bien content de retrouver sa vieille canne. Non pas que je m’inquiète de les voir volées, ses affaires : plus personne ne passe par la petite rue des Lilas, mis à part quelques nostalgiques édentés. Mais contempler ces quelques objets esseulés me pinçait étrangement le cœur. C’est que je ne les avais encore jamais vus bien éloignés de leur propriétaire, qui d’ailleurs avait l’air de leur accorder un soin tout particulier.
Pas difficile à trouver, le vieux. Toujours assis sur le même banc à gratter son carnet. Dieu sait ce qu’il pouvait y marquer, dans son carnet ; ses rêves peut-être, ses confessions. Je ne me rappelle pas en tout cas l’avoir jamais vu sans cet ami silencieux, noirci de pensées.

"C’est un jeudi de mai,
Un jeudi soir, précisément...
"

On dirait des poèmes. Il y en a plein le calepin. Il ne reste plus aucune page blanche d’ailleurs, peut-être ce qui a effrayé le bonhomme.
Diable, c’est vrai qu’il est confortable, son banc ! Le soir est bleu et doux, chargé des parfums de la forêt voisine. L’endroit se prête aux songes, mon esprit divague un peu, enivré par le silence.
Il se fait tard.
On croit entendre un murmure au loin, sans doute une muse égarée.

"L’amour en larmes
La mort dans l’âme
"

Il devait être un peu mélancolique ; le poème est inachevé.
Je me demande ce qui a bien pu lui faire oublier le fruit de ses longues errances poétiques.
Peut-être poursuivait-il un rêve, celui qu’il n’avait pas la place de marquer...
Vers quels horizons brumeux est-il allé se perdre, je ne sais.
Est-ce la fin ?
Étrange histoire.
Cela ne m’étonnerait pas qu’il ait plongé, à l’aventure dans son carnet, à la recherche de ses souvenirs.
Écrire... Un moyen comme un autre d’atteindre l’éternité, après tout ; peut-être comprendrai-je quand je serai vieux, moi aussi.
Mais trêve de pensées brumeuses, nous reprendrons cette réflexion plus tard, dans quelques années.
Je vais finir par m’endormir, sur ce banc, je n’ai pas envie de me réveiller au milieu des fantaisies d’un autre. Rentrons chez nous.

Où donc ?

Par là... "

Dolidon Timothée, 1ere L


Dolmaire Quentin, mai 2011 {JPEG}

"J’ai 22 ans. Il est 6h40. Je me suis endormi il y a 5h dans mon lit deux places, qui, chaque soir accueille sous sa couette le gaillard que je suis ainsi que ma plus fidèle compagne : la solitude. Mais avant de continuer, laissez-moi me réveiller, laissez-moi manger. Me lève, vais dans la cuisine, sors une assiette et une tasse, vais me faire du café, prends de la confiture, prends du jus d’orange, prends le café, verse le jus d’orange dans le café. Nan ! Pas le café dans le jus d’orange !
La gare est au bout de la rue, j’y vais à pied comme tout les matins. De toute façon, je n’ai pas de voiture, et puis ça me fais prendre l’air. Je me sens calme. Le soleil se lève, les couleurs évoluent, les ombres se déplacent.
J’arrive à la gare.
Dans le train, le ciel est gris et lumineux. Personne ne parle, le fauteuil en face de moi est vide. Je me sens fade. Cela m’échappe, je ne comprends pas d’où me vient cette sensation. De l’environnement ? Il n’y a aucune énergie dans cet environnement. Dans ce train, il semblerait que seul le hasard aurait l’énergie de perturber le quotidien. Cela me frustre de me voir inactif comme ça, il y a un temps ou j’étais toujours en forme, que le ciel soit terne ou éclatant ! L’imagination de mon enfance était d’une puissance à en faire rougir le soleil.
Rien de spécial aujourd’hui. Je rentre chez moi, il est 19h16, il fait nuit, j’ai toujours 22 ans. Je n’ai envie de rien et je m’allonge sur le lit, bien décidé (comme tout les soirs) à me plonger dans mes réflexions. Je ne comprends pas pourquoi je me pose tant de question, l’auto-analyse obstinée est le meilleur moyen de se perdre. ça doit faire du bien a mon ego. Là, je dors. Et je récupère mon énergie d’antan, je ne me laisse plus le choix.
Cela va faire deux mois. Rien n’a changé. Je mélange toujours mon café avec mon jus d’orange. Mais j’ai pu constater une chose, je me découvre comme étant un jeune poulain sensible à son environnement et à son quotidien. Il va falloir que ça change, et ça va changer, ça va être concret et dur.
Je sors, il est 21h30, l’humidité me gène. Je me sens fatigué mais serein. Les lumières de la ville taquine mes yeux usés et modifie ma vision en même temps que l’atmosphère de cette soirée. Les mouvements deviennent des ondes lentes et denses. Je fusionne avec cet environnement. Je casse cette masse en respirant fort. Une multitude de sensations perverses viennent dépouiller ma carcasse d’homme seul et vide.
Je sortais au cinéma avec une amie.
Je n’ai pas fais attention au film. J’avais juste la sensation d’avoir 15ans et d’être amoureux. Je n’ai pas pris ce sentiment au sérieux, je sentais que cette attirance envers ma nouvelle compagne, venait de l’euphorie que pouvait ressentir un môme en se retrouvant à coté d’une fille un soir de fête. Je la regardais, je la trouvais belle. La lumière que projetait l’écran sur son visage donnait une fantaisie niaise à la situation, mais étonnement agréable. Les lumières continuaient à jouer des tours a mes yeux agacés. Les sons devenaient lourds. Je n’étais nulle part. La perspective me faisait rire. La poussière n’existait plus. Le temps avait l’efficacité d’un pansement sur une jambe cassée.
Belle nuit.
Joli rêve. "

Dolmaire Quentin, 1ere S


Garnier Laetitia, mai 2011 {JPEG}

"La légende commence à l’époque du Bas Moyen âge dans un petit village ne comptant pas plus de 800 habitants, nommé Utonia. Un homme se regardait sans cesse dans la marre. L’homme s’étant éteint, le reflet resta figé sur la surface de l’eau claire et paisible. Les années passèrent, l’eau devint trouble et profonde. Ainsi naissent les légendes.
Les pêcheurs pestèrent car il n’y avait plus de poissons, ni de vie dans la marre. D’ailleurs aucun oiseau ne s’y posait plus. Seul restait ce visage de cire, au milieu du silence. Les villageois étaient tous d’accord : c’était la faute de ce visage blanc lunaire. L’Église clamait que c’était l’œuvre du diable et que c’est par la bouche de cette abominable tête que ce dernier dévorait tous leurs poissons. _ Ainsi fut décidé sa destruction (selon moi davantage par peur de son étrangeté, que par la nécessité du poisson.)

Les manuscrits sont anciens et certains passages ont été effacés, mais voici ce qui semble s’être passé : les villageois pris de folie se combattirent entre eux pour savoir qui effacerait cet tête fantomatique. Un malheureux fut finalement désigné par tous.
Il brandit sa hache et d’un geste brusque l’abattît sur le masque. La silhouette à peine troublée, se déplaça, se promenant sur les eaux, pour retrouver finalement cette même fixité muette.
On retrouva l’homme étendu à terre, d’une pâleur extrême. Les campagnards crurent à une malédiction mais je pense surtout que la pauvre créature s’était évanouie de peur.
Après cet incident, la population décida que, finalement, ils vivaient très bien ainsi et que cela ne les regardait pas.

Je me suis rendue, il y a peu, à cette marre. A dire vrai je ne sais pas trop pourquoi. Espérais-je vraiment y voir quelque chose ? En tout cas, je n’y ai aperçu aucune trace de vie, ni poissons, ni oiseaux...
Mais peut être n’ai-je pas vraiment cherché..."

Garnier Laetitia, 1ere STG


Gervais Amandine, mai 2011 {JPEG}

"C’était un jour d’automne. De bon matin, comme chaque jour, son mari se leva, se prépara et pris sa voiture pour se rendre a son travail, la laissant seule à la maison.
Elle ne travaillait pas et trois fois par semaine elle entretenait son corps avec son professeur de gym qui venait lui donner des cours à domicile.
Quand elle le vit pour la première fois, elle tomba sous son charme, et lui de même. Attirés physiquement, ils se virent plusieurs fois avant qu’une étincelle ne naisse entre eux et qu’ils aillent plus loin.
Ce matin là donc, il voulut lui faire une surprise, lui montrer à quel point il tenait à elle, mais surtout il souhaitait officialiser sa relation après cette longue année passée à se cacher.
Plusieurs jours durant, il avait réfléchi à la façon dont-il allait lui annoncer, tout en lui montrant son attachement et son amour.
Il l’avait appelée ce matin là, pour lui proposer un déjeuner au restaurant. Elle avait accepté sans hésiter.
Comme il souhaitait que tout fut parfait, il décida d’aller lui-même la chercher. Pendant ce temps, elle se préparait,se faisant belle pour son amant.
Mais rien ne se passa comme il l’avait prévu. Il arriva chez elle, rose à la main, sonna à la porte. Elle lui ouvrit et lui annonça qu’elle ne voulait plus, de peur d’être vue par quelqu’un. Mais, le voyant si bien vêtu et lui, découvrant sa partenaire si sublime dans sa longue robe noire ; passion et désir les enflammèrent et ils ne purent résister à la tentation.
Malheureusement ce jour là, son mari rentra plus tôt du travail. En arrivant chez lui, il vit la porte d’entrée ouverte, le sac de sa femme renversé. Il s’inquiéta, se demandant ce qu’il se passait, pensant cambriolage. Pris de panique, il appela sa femme à travers toute la maison, découvrit la rose au pied de la porte ainsi que des vêtements éparpillés au sol, l’appelant de plus belle.
_Au même moment, sa femme qui se prélassait avec son amant dans la chambre, prise de panique sous la voix de son mari, poussa brusquement son amant hors du lit, ramassa rapidement ses affaires, puis le cacha dans le placard.
Son mari surgit dans la chambre, inquiet et en colère, et la trouva allongée sur le lit. Il lui demanda de s’expliquer : un homme était-il avec elle ? Celle-ci démentit et annonça à son mari que toute cette mise en scène était pour lui car elle voulait lui faire une surprise et mettre du piment dans leurs vies. La tenu légère de sa femme et ses mots lui firent oublier sa colère.
Elle l’enlaça tendrement et fit signe à son amant de quitter la pièce et de partir.
Cette journée se termina sans drame, avec un mari heureux et ignorant , un professeur de gym toujours amant et une femme comblée mais infidèle à son mari.

Quelques mois plus tard, l’amant retenta sa chance et réussit à la convaincre de vivre avec lui. Elle prit donc la décision de divorcer d’avec son mari et de vivre cette relation fusionnelle et pleine de la passion brulante qu’elle avait pour son cher professeur de gym."

Gervais Amandine, 1ere S


Inacio Océane, mai 2011 {JPEG}

"C’était le premier jour de beau temps de l’année et je ne me doutais pas que cela serait sûrement le dernier aussi.
Le 21 Mars, Marc m’appela pour confirmer notre rendez-vous sur la terrasse du café, à 16h. J’étais heureuse, il ne m’avait pas oublié Je me précipitais dans la salle de bain pour pouvoir contempler le sourire sur mes lèvres, qui depuis bientôt 6 mois c’est-à-dire le décès de maman, avait entièrement disparu.
Enfin 16h00... j’étais là assise depuis une heure déjà, le regard dans le vide, l’air pensive, Marc avait été évidement à l’heure. Cela faisait pratiquement un an qu’il était parti en voyage à travers le monde. Il commanda au serveur une des meilleures disait–il bière thaïlandaise, pour moi ce fut un simple Perrier.
Pendant des heures entière, il ne cessa de raconter son voyage, de décrire minutieusement chaque détails des paysage, ses balades en mer et les différences qu’il avait découvertes entre chaque pays. Sa voix était si douce et il paraissait si excité !
Tout d’un coup, un énorme nuage recouvrit le ciel bleu et la pluie se mit à couler sans s’arrêter. Tous les clients du café se précipitèrent dans leurs voitures, Marc aussi. Sans réfléchir ni regarder autour de moi, je courus le rattraper mais cette voiture grise non plus ne fit pas attention.
Je ne comprenais plus ce qu’il se passait, le sol était à la fois humide et chaud, j’entendis les sirènes des pompiers, quelques rayons de soleil se firent un passage entre les nuage pour venir jusqu’à moi me caresser la joue. Je sentis des larmes couler sur mon visage, c’était sans doute celles de Marc qui de sa fenêtre avait assisté à la scène. Une main m’effleurât le bras : ce fut le dernier souvenir que j’eus avant de retrouver ma mère.
"

Inacio Océane, 1ere ES


Lardat Martin, mai 2011 {JPEG}

"Liberté…
Ce seul mot revenait dans mon esprit constamment, Ce mot qui prenait chaque jour plus d’importance, devenait au fil des mois une véritable obsession. Je me rappelle encore de ce Mardi, il faisait beau ! Ce ruisseau , ce chemin et ce bruit tout a coup… puis plus rien. Je me souviens m’être réveillée dans cette prison roulante. Le vrombissement du moteur et la terreur au ventre..
Liberté…
Je ne comprenais pas. Je n’ai toujours pas compris comment c’est arrivé. _ C’était la nuit. Je ne me souviens que de ce chapeau et de cette grande veste noire, puis de cette cabane perdue dans les bois.
Mon asile , ma prison.
Les heures y passèrent comme des mois et les jours se seraient confondus si je n’en avais pas marqué ces grands murs de bois. A chaque tombée de la nuit, l’homme m’apportait un morceau de pain et un verre d’eau. Je redoutais toujours cet instant car cette grande ombre noire et muette me terrorisait.
Quatorze mois à vivre attachée à une corde et à ne penser qu’à sa famille, à se qui se passe dehors, à cette liberté qui semblait si inaccessible. Quatorze mois et enfin
Liberté...
"

Lardat Martin, 1ere S


Le Borgne Tiphaine, mai 2011 {JPEG}

"Je dois partir, il le faut. Je ne suis peut être qu’au lycée, je ne suis peut être qu’une petite fille aux yeux de mes parents (même si je suis déjà majeure) mais je m’en vais. C’est devenu une nécessité. Un besoin vital.
Ma famille est très envahissante. Trop envahissante. Je les adore mais je ne peux plus les supporter davantage. Ils sont généreux mais sur-protecteurs. Je sature. Les murs croulants de vieux souvenirs poussiéreux me donnent la nausée. Laissez-moi tranquille, je ne vous ai rien demandé à vous. Le passé ne m’intéresse pas. Tout ce que je veux, c’est un futur.
A cause de tout ce temps que j’ai passé ici, dans leur maison, j’ai fini par suffoquer. Cet espace clôt, si restreint, me faisait faire des crises d’angoisse. Les murs se refermaient sur moi. Il était impossible de se cacher. Impossible d’y échapper. J’étouffe. Ici l’air n’est pas respirable. J’ai un besoin urgent d’air frais. On m’a enchaînée trop longtemps dans cette prison dorée. Il faut que je fuis et que je ne sois jamais rattrapée.

C’est décidé, je quitte la maison cette nuit. Des draps noués les uns aux autres feront office de corde pour me sauver de la chambre où je dors, jusqu’au sol.
Mon sac est fini, je suis prête à partir, un dernier détail à régler. Je leur ai écris une petite lettre qui, j’espère, les rassurera et les empêchera de me pourchasser. Tel que je les connais, ils risquent d’être paniqués. J’aurais préféré leur annoncer mon départ moi-même, mais j’ai bien trop peur de leurs réactions et qu’ils ne me laissent pas déloger. Je pars en lâche, mais au moins je pars. Je leur laisse la lettre, scotchée sur la vitre et disant :
« Papa, maman,
J’espère que vous me pardonnerez ce geste un jour. Je m’en vais vivre ma vie ailleurs. Ne vous inquiétez pas pour moi, je n’ai rien à vous cacher mais j’ai simplement besoin de prendre des distances et de vivre ma vie comme je l’entends, devenir la personne que j’ai choisie de devenir. Je saurais bien me débrouiller, j’ai déjà contacté quelqu’un qui m’a proposé un emploi. En outre, j’ai trouvé une petite chambre pour me loger. Ce n’est peut être pas spacieux, mais c’est au chaud et au sec. Comme vous le voyez, tout est arrangé et préparé, ne vous faites aucun souci.
Ce n’est pas la peine d’appeler la police, ni la gendarmerie, ça ne ferait qu’aggraver la situation. Vous aurez de mes nouvelles très bientôt.
Bisous.
Votre fille qui vous aime.
 »

Je balance mon sac par la fenêtre et je descends le long de ma corde comme une évadée.
Dehors, le temps s’annonce magnifique. C’est l’aube d’une belle journée de printemps, tout refleuri et tout renaît. Je suis d’une humeur joyeuse de combattante grâce à ce ciel bleu électrique. A l’horizon, les premières lueurs rougeoyantes de l’aube me donne le signal du départ, le monde m’attend, il ne faudrait pas être en retard !
Ce tout petit pas depuis la fenêtre semble insignifiant, pourtant je viens d’accomplir un triomphe. Je vais enfin pouvoir tracer mon propre chemin, ma propre vie. Un avenir neuf et plein de mystères s’offre à moi. Je suis un papillon qui sort de son cocon. Un oiseau qui prend son premier envol. Une aventurière qui part découvrir une terre inconnue.
Pour la première fois, j’ai réussi à m’échapper. Je prends quelques grandes inspirations pour profiter de l’air frais du matin et commence à tracer mon chemin.
Je m’envole. Je suis libre."

Le Borgne Tiphaine, 1ere S


Le Vern Florian, mai 2011 {JPEG}

"Arnaud De Nicolas avait 21 ans. Il poursuivait ses études à Paris et, étant issu d’une modeste famille de la banlieue, il habitait toujours avec ses parents. _ Ce qu’Arnaud désirait par-dessus tout, et qui pouvait constituer l’entière personnalité qu’il s’était forgé tout au long du début de sa vie, était de partir.
Voyager, s’évader, découvrir les secrets du monde et dévoiler les mystères les plus improbables.
Pour aboutir à son rêve, il lui fallait donc l’indéniable et pourtant sans valeur : argent. En cherchant dans les domaines qui l’intéressaient, il parvint à trouver un travail dans une bibliothèque de la grande ville ; il pouvait y lire autant qu’il voulait, et comme il le disait "voyager à travers les mots", en attendant. Arnaud était, comme vous l’aurez sans doute compris, animé d’une curiosité sans pareille et ne perdit pas de temps pour dévorer la majorité des livres énigmatiques de son lieu de travail.
C’est ici que débute notre histoire, l’étrange disparition d’Arnaud De Nicolas.

Un soir, alors qu’il rentrait chez lui après une soirée ‘bien arrosée’ avec ses amis, il prit comme à son habitude le chemin le plus long. Il passait dans le village silencieux, rêvant, les yeux fixés au firmament. La fraicheur de la nuit fouettait son visage et les lampadaires éclairaient sa route d’une lumière tamisée et scintillante, comme d’autres étoiles dans le cosmos si mystérieusement infini. Il s’imaginait alors en grand astronaute, voyageant de planète en planète comme le Petit prince, ou encore en grand peintre qui expliquerait à travers ses toiles superbes les secrets des cieux. Il passait sans y faire attention devant la mairie, l’école, l’église, le chocolatier, suivant ce chemin qu’il connaissait par cœur. Arrivé devant les ruines de l’ancien château fort du Moyen-Age, il arrêta sa marche et contempla l’édifice avant d’y grimper. Il surplomberait ainsi tout le village. C’était ici qu’il avait vécu sa plus tendre enfance, celle où on ne se pose pas de questions, celle où la vie n’est faite que de sourires.

Soudain, une lumière inattendue surgit d’un des arcs du monument et le tira de ses pensées. Arnaud se posait beaucoup de questions et il crût y voir là le premier mystère qu’il allait dévoiler. C’était en effet un secret dont il ignorait encore l’immensité…
Son corps, dont l’avide curiosité tirait les ficelles, se faufila jusqu’à un meilleur point d’observation. Il ne fallut qu’une seconde pour qu’il aperçoive le symbole cousu sur la blouse blanche qui était accrochée là, et sa mécanique nerveuse se mit en marche. Le signe était un caractère alchimique qui signifiait « l’Alambic », et le jeune homme avait assez lu de grimoires à ce sujet pour savoir qu’il était face à une légende.
Les textes décrivaient ainsi d’anciennes associations de savants de la Renaissance. Ces alchimistes se réunissaient dans le monde entier une nuit par an pour réaliser des expériences insoupçonnables et les retranscrire à travers un langage codé. Par ce moyen, chaque groupe, auquel étaient assigné un nom et son signe alchimique, pouvait correspondre avec un autre sans risque que leurs découvertes ne soient utilisées à des fins non raisonnées. Ces sortes de sectes avaient été déclarées comme dissolues peu après dans l’histoire. Pourtant, Arnaud se trouvait face au groupe « Alambic », le plus connu de tous, tant ses méthodes étaient brutales et même désapprouvées par les autres alchimistes.

La tentation était trop grande. Arnaud fonça sur la blouse, l’enfila et suivi la lumière étrangement bleue qui rayonnait au fond du couloir sans pour autant l’éclairer. Il pénétra alors dans une énorme grotte illuminée de milles bougies. Là, se tenaient cent … peut-être deux cents alchimistes ! Tous écoutaient attentivement un homme vêtu de cette même blouse. Arnaud se glissa dans la foule et écouta l’orateur sur son piédestal : "Nous sommes réunis aujourd’hui mes amis, pour perpétrer la science de nos aïeux. Prenez donc place et commençons le protocole. Nous allons maintenant redonner la vie que Dieu prit à notre confrère la nuit précédente …" disait-il.

Arnaud tressaillit. Une main glaciale venait de se poser sur son épaule, et l’homme robuste à qui elle appartenait l’invitait à montrer ses talents devant le reste de l’assemblée. Le jeune homme si curieux quelques instant auparavant fut alors pris d’une effroyable terreur. Il allait être démasqué. Il prit la décision de s’enfuir guidé surement par son instinct et courut vers le couloir. Arrivé à l’extérieur, il jeta aussi vite qu’il put sa blouse, sauta par-dessus les remparts en se brûlant au passage à une bougie posée là. Ses poursuivants s’arrêtèrent et il crut entendre le grand homme chuchoter « … brûlé. Nous le tenons … » avant de courir se réfugier au fond de son lit.

Depuis, "Arnaud De Nicolas" ne figure plus sur aucun registre. Sa famille ignore avoir eu un tel parent, un tel enfant, un tel cousin... Prononcez son nom et toute personne, aussi alchimiste soit-elle, prétendras ne pas en connaître l’histoire.
Arnaud De Nicolas a disparu, évaporé."

Le Vern Florian, 1ere S


Marazzani Justine, mai 2011 {JPEG}

"C’était un jour de printemps tout à fait normal. Des oiseaux bleuets chantaient, les bourgeons vert anis, pointe de rose poudré au bout, poussaient et la rosée fraiche du matin brillait sur les pivoines noires ébènes des allées de mon jardin. Le temps était clair, tout le monde semblait heureux. Mais moi, je ne l’étais pas ; plus depuis que j’avais cette enveloppe.
Cette enveloppe, qu’il fallait que je remette à un certain Mr. Lampe, dont je n’avais jamais entendu parler. Et comment lui donner cette lettre alors que je ne connaissais ni son adresse, ni son lieu de travail ?
Mais surtout, pourquoi avais-je été choisi pour cette tâche ?
Je ne suis pas espion, je suis marchand de journaux. Je n’ai ni femme, ni enfant. Peut-être est-ce là, la raison de ma sélection. Je suis un homme ordinaire, avec une vie ordinaire.
Cette enveloppe ? Comment je l’ai eu ? Je ne sais pas comment elle a atterrit chez moi. Je n’ai juste que cette image d’être en train de boire un thé et après… Le noir complet ! Je ne me souviens plus de rien ! Le lendemain, je me suis réveillé dans mon lit alors que mon esprit s’était endormit la veille, dans un café.
Et sur ma table de chevet, se trouvait cette mystérieuse enveloppe.
Vous savez, ces grandes enveloppes en papier kraft, de couleur jaune maïs. _ Et bien elle se trouvait là, avec un mot sur le dessus :
« A remettre à M. Lampe, ne l’ouvrir sous aucun prétexte et la garder en sureté ! »
Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, et ce mal de tête que j’avais ! Je n’ai pas réfléchi et mon premier réflexe fut de jeter l’enveloppe à la poubelle. Cela n’avait servit à rien, puisque deux jours après elle réapparaissait dans ma boîte aux lettres. Tout ça me semblait si bizarre… Plusieurs fois, je fus tenté de l’ouvrir, mais malheur à moi si j‘osais le faire. Je l’ai vite comprit puisque, dès que je sortais dans la rue chercher le pain, par exemple, et bien j’étais suivi. On m’a même tiré dessus ! Plus d’une fois durant ces deux mois de malheurs, je pus gouter à la présence proche de la mort.
Je décidai donc de partir à la campagne dans l’ancienne maison de mes parents, pour réfléchir à ce que je devais faire, et retrouver les traces de ce Mr. Lampe. Je pris une petite valise, des vêtements, quelques livres et l’enveloppe bien entendu.
A mon arrivée, tous mes souvenirs d’enfance revinrent. Mais je devais me concentrer sur ce que je venais faire ici. Je m’installai alors, sur la chaise de la terrasse rouge brique, où le soleil était chaud. Ce paysage avec ses prés verdoyants, ses petites fleurs pourpres pâles, cette horizon infini, d‘un bleu profond la journée et noir la nuit ; tout cela m’avait manqué.
Je regardai sur mon ordinateur pour voir si je trouvais quelque chose sur Lampe. Et au bout de deux jours de recherches, je trouvais enfin, celui que je cherchai depuis des semaines.
Albert Lampe était un chercheur, amoureux de la nature. A 55ans, il se lança dans une quête folle : retrouver un monde perdu, issu des légendes indiennes, nommé : "L’Uroway". Il n‘y avait surement pas que lui qui recherchait cet endroit apparemment fabuleux notamment pour ses mines d’or et de diamants d’une valeur inestimable.
Il y avait une adresse mail, je lui envoyais un message. Quelques jours après, il répondit et nous fixâmes un rendez-vous.
Le lendemain, je repris donc ma voiture pour retrouver Albert Lampe. Il y avait environ une heure de route. Mais au bout de 10 minutes, une grosse berline noire me suivait déjà. J’accélérais mais je n’arrivais pas à la semer. Après tout ce qu’il m’était arrivé ces derniers temps, j’étais de plus en plus inquiet. Je pris alors, un virage sec à travers les champs de blés qui ondulaient comme des vagues dorées et me retrouva près d’un lac. Je ne pouvais plus avancer. Je sortis en prenant la valise qui contenait l’enveloppe et mes jambes à mon cou. Mais la voiture noire m’avait déjà rattrapée. Les alentours étaient mornes, l’étendue d’eau était noire, elle ressemblait à un marécage plutôt qu‘autre chose, les arbres crochus, verts kiwi, m‘agressaient, l’herbe haute m’empêchait de courir.
Soudain quatre hommes, vêtus de longs cabans noir, avancèrent sur moi, revolver aux poings. Je décidais de leur parler :
- Que me voulez-vous ?
Après quelques minutes de silence, l’un d’eux répondit :
- L’enveloppe !
J’avais si peur, que je me mis à farfouiller et à tout mettre en désordre dans ma valise. Les secondes me paraissaient si longues. Je mis enfin la main dessus.
- Ouvre là ! Me dit un des hommes.
Je fis ce qu’il me dit ; je l’ouvrais enfin.
Vous vous rendez compte, j’ouvrais cette enveloppe que j’avais avec moi depuis deux mois celle que je ne devais pas desceller mais que la menace et la curiosité me faisaient enfin ouvrir.
Il y avait des tas de feuilles blanches et parmi tout ça une carte abîmée, ancienne, dont les couleurs perdaient de leurs pigments mais sur laquelle on percevait toujours les lignes tracées et les écritures à l‘encre. Il s’agissait de la carte d’Uroway, accompagnée d’un mot :
"Quiconque ... cette carte ... le chemin de la richesse !"
Tout s’éclaircissait. Ils...
Je n’eus à peine le temps de tout comprendre, que l’un d’eux tira."

Marazzani Justine, 1ere L


Monge Marie, mai 2011 {JPEG}

"Accompagnée de mon adorable chien, je suis partie me promener aux alentours de mon petit village. C’est un lieu vide d’habitation avec seulement des arbres et des champs qui longent tout le chemin menant au pont : une petite rivière y passe, avec ses eaux bleutées et toute sa flore environnante.
Arrivée à ce que j’appelle le pont, deux jeunes garçons s’amusent au bord du ruisseau. Ils ont une dizaine d’année, l’un d’eux a les cheveux de la couleur des blés, le second est brun.
Je me suis installée sur le banc en bois, situé à cents mètres plus loin, ce qui me permet d’observer les deux garçons sans les gêner.
Mon chien, lui, est parti un peu plus loin, à courir à travers les blés, les tournesols et les marguerites, chassant un adorable papillon jaune d’or qui, lui aussi, semblait jouer et profiter du beau temps. Le soleil est rayonnant, le ciel est incroyablement bleu, la végétation est toute fleurissante et une légère brise est parmi nous. C’est ce qu’on appelle un dimanche parfait. On se croirait presque en été alors que nous ne sommes qu’en Avril.
Il est alors un peu plus de 16h de l’après-midi et les deux garçons s’empressent de manger des gâteaux enrobés de chocolat surement délicatement préparés par leurs mamans. Le sac en tissu du blondinet reste ouvert et posé sur les herbes, entre le vélo rouge et le bleu, à croire qu’il souhaite avoir des milliards de fourmis dans ses affaires celui-là !
Après cette petite pause, ils se remettent à jouer, à se bousculer dans tous les sens, à rigoler, à profiter ! Attendrie par la scène, j’en ai presque oublié mon chien, toujours à courir sans cesse.
J’observe à nouveau les deux garçons et tout à coup le blond pousse à l’eau son ami qui, dans l’action, s’accroche au premier ! Résultat, ils sont tous les deux à l’eau, se débattent, se tirent par les habits, se décoiffent et cela toujours dans la bonne humeur.
Je rigole bêtement devant cette scène que j’avais vécue quelques années auparavant, exactement au même endroit avec une amie, durant une journée ensoleillée semblable. Nous nous étions toutes les deux retrouvées à l’eau. Je me souviens, nos habits étaient devenus de vraies éponges, et en émergeant du ruisseau, une multitude de gouttelettes dégringolaient le long de nos jambes… C’était une belle époque.
Après s’être aspergés pendant de longues minutes, les deux garçons sortent enfin de l’eau, enlèvent leurs joggings et se retrouvent donc en slip en plein milieu des champs, toujours à se chamailler, à se taquiner. Je suis toujours présente, assise sur mon banc, à les regarder s’amuser.
Cela fait plus de deux bonnes heures que je les observe, il est bientôt 17h30 et les deux garçons décident de s’en aller (surement un horaire de retour au domicile exigé par les parents).
Ils réenfilent donc leurs pantalons presque secs qu’ils avaient déposés sur la barrière en bois au soleil. Le blond récupère son sac jusque là au sol et tous les deux enfourchent leurs vélos.
Ils s’enfuirent à toute vitesse, le vent les aidant à rouler à une vitesse encore plus folle.
Je rappelle mon chien, nous rentrons à la maison."

Monge Marie, 1ere S


Paigné Alexandra, mai 2011 {JPEG}

"Dans une maison, un drame avait eu lieu, un drame qui ne peut que détruire, anéantir tout être. Et le pire c’est quand l’un deux manque à l’appel.
Pour le plus grand bien de tous, et afin de continuer à vivre dans cette maison, ils ont pris les choses en mains et fait appel à un peintre, quelqu’un qui saurait effacer ces murs trop pleins de passé et d’amertume. Le peintre en question a su très vite se mettre au travail, les vieux murs salis, sans vie, trop remplis, avaient fait place à quelque chose qu’ils n’avaient plus l’habitude de voir, blocs de béton armé de peinture toute fraiche, blanche, qui ne laissait percevoir aucune trace, plus aucun souvenir.
Le souvenir de ce petit être qui avait logé sous ce toit, qui avait marqué les murs de ses empreintes afin de montrer qu’il était bien présent, tout cela avait disparu. On ne voyait plus les traces de ses petites mains qu’il avait trempées dans la peinture et étalées sur les murs du salon, à l’époque tout neufs.
Ces marques du passé, je ne voulais plus les voir, car chaque fois que je passais devant, je sentais l’entaille, la coupure au plus profond de mon cœur.
Et c’est fou de se dire que d’un seul coup de peinture, tout a été effacé, comme si les murs n’avaient jamais été marqués. Le passé joyeux avait fait place au présent plein de tristesse, le monde extérieur était devenu fade pour moi, un monde qui a perdu toute coloration le jour où l’on a décidé de m’arracher ce petit être que j’aimais tant et qui à présent est parti pour toujours.
Le peintre a su faire place aux nouveaux murs dans une vie qui avait perdue de son importance pour moi. Il n’y avait que ce changement pour que je puisse prendre un nouveau départ, mais pas maintenant, attendre encore un peu, beaucoup. Je le prendrais quand me viendra le courage.
Le peintre en bâtiment transforme, rénove les murs, mais pour moi il ne fait pas que ça. Il transforme la matière, change le cours de vies entières et, qui sait, peut être le cours de ma propre vie ?"

Paigné Alexandra, 1ere S


Polaert Camille, mai 2011 {JPEG}

"Mon très chèr journal.

Toute ma vie t’appartient et dieu sait qu’elle n’est pas longue. D’ailleurs, je vais le voir bientôt, lui, le grand patron du paradis, je me suis toujours demandé à quoi il ressemblait, peut être est-il grand, mince avec des cheveux longs ondulés ou peut être tout le contraire, rabougri et potelet avec une moustache qui lui forme un sourire même quant il est mécontent. Après l’avoir longuement observé, je pourrais peut être lui demander ce qu’il a fait de mes parents et de ma sœur.
_ C’est un homme bien, je le sais, il m’a amené un bon ami, le temps qu’il en termine avec ma famille. Un petit homme, qui habite juste là, dans ma tête.
Vous êtes un peu pareil tout les deux, pas très bavards.
_ C’est cet homme, avec sa longue blouse blanche qui me l’a présenté. Il m’a aussi dit qu’il ne me restait pas beaucoup de temps, mais du temps pour quoi ?
Cet homme immaculé, m’a dit que mon ami s’appelait Cancer, c’est un peu vilain … toi c’est journal intime et moi Ludivine, c’est comme ça.
En tout cas moi je l’aime bien, ce Cancer. On se couche très tard des fois tellement je parle.
Seulement, parfois... j’ai mal … il, me fait mal. Il me fait si mal que j’en pleure, j’en crie, mais il n’arrête pas. Pourtant je sens qu’il m’aime, il m’aime mais il me laisse crier si fort que j’ai l’impression que ma tête va exploser. _ Lorsque ça m’arrive, je repense à ce jour étrange où ma sœur criait comme moi, cette fois où la voiture s’est retrouvé hors de cette vaste route. Je la regardais crier, pleurer, implorer mon pauvre père d’arrêter croyant qu’il le faisait exprès.
C’est d’ailleurs à ce moment que je les ais perdus. Je me suis retrouvée seule, dans un endroit pâle avec des lumières qui me brulaient les yeux, chaque personne qui passait derrière la porte transparente était aussi habillé de blanc, quelque fois un peu taché ou délavé.
_ Mon homme en blanc, m’a parler d’un puissant traitement, la Chiriot je crois, il a dit que ça pourrait faire disparaître mon ami, a tout jamais. Mais, moi je veux qu’il reste … qu’il reste pour toujours !
_ L’autre soir, j’ai regardé un film où un homme et une femme s’installaient sur des rails pour ne jamais être séparés, même après la mort.
_ Voilà pourquoi je suis ici, j’irais avec lui dans l’au-delà.
Mais moi je préfère la mer, ça me rappelle quand maman me donnait mon bain."

Polaert Camille, 1ere S


Salembier Claire, mai 2011 {JPEG}

" Moi, c’est la petite voix. Je ne sais pas trop si c’est ma mère qui m’a donné ce nom là, en fait, je sais même pas si j’en ai une de mère. Ce que je sais c’est qu’à l’époque, je ne me posais pas toutes ces questions. A l’époque, c’est quand il y avait encore Gabriel. A l’époque, c’était moi sa petite voix. Il m’avait choisie parce que j’étais la plus raisonnable et la plus paisible ! J’étais toujours là, tout près de lui pour l’aider parce qu’il en avait vraiment besoin de l’aide... Même si on se comprenait, on était très différents tous les deux, mais c’était la raison de ma présence, je devais équilibrer la balance, sinon il devenait fou mon Gabriel !
Je suis sûre que vous voyez de quoi je parle : ces grands esprits enfermés dans des boites trop petites, une famille de ploucs où les âmes closes et perdues se rencontrent avec un sourire et un entrain hypocrites, un collège contaminé par une bande de sales gamins débiles et nombrilistes comme pas permis, et, malgré tout, cette solitude. Cette solitude qui étouffe, celle dont on ne veut ni ne peut se détacher, parce qu’on doute. On croit que la solitude vaut mieux que de se mêler à ces spectres de vie qui nous entourent.
Alors, Gabriel, il resta dans sa boite. Il faisait ce qu’on attendait de lui, le temps de trouver une échappatoire, sans même savoir s’il en trouverait une ; et puis il observait, il regardait autour de lui. Gabriel était intelligent, il comprenait ce qu’il voyait. Et même s’il rejetait cette forme de vie, ces êtres égarés qui jouaient leurs rôles, il en jalousait les émotions. Lui ce qu’il regardait, c’était ça. Des émotions dans une barquette soigneusement emballées dans du papier cellophane et prêtes à l’emploi. Mais des émotions quand même. Des sentiments qu’on ne ressent qu’au contact de l’autre, ceux qui lui étaient hors de portée.
Alors, je le rassurais. Je lui disais qu’il finirait par trouver un moyen, et qu’en attendant il devait continuer de chercher, à l’abri dans sa petite boite.

Et puis sont arrivées les grandes cages pointues qui crachent de la fumée. Je ne sais pas pourquoi, Gabriel les adorait. Plus il les adorait, plus il s’éloignait de moi. Il disait que ces cages allaient l’aider, qu’il pourrait partir loin, s’évader, et trouver des émotions plus grandes, plus belles, qui lui seraient permises. Moi, tout ce que je voyais, c’est qu’il s’était trouvé une nouvelle cage dans sa boite trop petite. Et qu’il croyait en être sortit. Je crois que c’est la solitude qui lui avait fait péter les plombs, et puis, au lieu de sortir gentiment de son carton, il s’était maladroitement trompé de porte et avait fini dans ces drôles de cages.
Même s’il ne m’écoutait plus, je le suivais, parce que j’étais pleine d’espoir. Tout le monde avait droit à l’erreur, même Gabriel non ? Malheureusement, je faisais fausse route. Il était trop grand, trop vivant, trop passionné par les les erreurs, et alors j’ai compris qu’il était foutu mon Gabriel. Parce qu’il allait se faire mal. Très mal.
J’ai continué à le suivre quelques temps, mais je ne pouvais plus rien faire pour lui, parce que j’étais trop petite et que ces machines d’enfer étaient trop grosses et trop bruyantes. Il avait trouvé un endroit, une espèce de tube de métal gigantesque, dans laquelle il passait tout son temps. Il aimait s’assoir et regarder au loin les champs, l’espace à n’en plus finir. Mais là où il croyait voir de l’évasion, moi, je voyais une nouvelle prison.
Ensuite, il y eut ces crayons et les grandes pages blanches sur lesquelles, il dessinait d’autres cages pointues, ou juste des morceaux parfois.
Il restait tard et s’endormait souvent dans une vieille couverture, les yeux pleins d’illusions et d’étoiles, tandis que les miens étaient remplis de larmes.
Avez vous déjà assisté à la mort d’une âme ? Aristote disait qu"il n’y a point génie sans graine de folie". Mais mon Gabriel, il n’en était plus au seul grain et avait sombré dans la psychose inconsciente et malsaine.
Pendant quelques jours, j’ai entendu les coups de marteau, le raillement de la scie et autres agressions sonores provenant du bric à brac de Gabriel.

Ce soir, je me trouve sur un de ces grands ridés à la chevelure verdoyante et bien garnie, vous savez, ceux qui perdent leurs cheveux en hiver, qui font des fleurs au printemps et deviennent roux en automne. Je suis appuyé contre un de ses longs doigts crochus et j’observe Gabriel une dernière fois avant de disparaître. Parce que je sais que c’est ce soir que je vais mourir, je sais que la petite voix, s’en est fini. Je lève les yeux, le ciel est gris pâle mais étrangement aveuglant, l’atmosphère est aussi malsaine que la folie de Gabriel. Mais quand je le cherche du regard, je ne l’aperçois pas. Les bouts de ferrailles et les vis ont disparus, il ne reste que les drôles de dessins et quelques outils. Alors je comprends et retiens mon souffle. Je regarde au loin ; un bruit sourd retentit, et une longue trainée de fumée noire vient salir le ciel.
Je m’efface. Il ne m’a même pas dit au revoir."

Salembier Claire, 1ere ES


Sévin Thomas, mai 2011 {JPEG}

"Vous savez ce que j’aime dans le métier d’écrivain ? Mis à part le fait d’écrire, ce sont les rencontres avec mes lecteurs. Il y a encore peu de temps, alors que j’étais en train de faire le plein à une station d’essence, une femme m’a accosté :
-"Êtes-vous Michael Raven ? L’auteur de The Final Look ?"
Ce bouquin est le dernier que j’ai sorti. Surpris j’ai fini par déduire qu’elle m’avait reconnu grâce à la photo de moi sur la 4ème de couverture.
-"Oui, c’est bien moi", fis-je.
-"Je suis une très grande fan, j’ai lu tout vos bouquins. Mais le dernier… Ouah et quelle fin ! Je ne m’y attendais vraiment pas !
- Content de savoir qu’il est a plu à au moins une personne.
- Attendez, je dois l’avoir dans ma voiture. Pourrai-je avoir un petit autographe, s’il vous plait ?
"
Elle alla chercher le livre et je lui signais.

Ce genre de rencontre me fait me sentir important, j’ai l’impression de donner du bonheur aux gens. Nous discutâmes de choses et d’autres, puis elle me pose la question :
" Pour quand est prévu la sortie de votre prochain livre ? J’aimerai bien une suite aux aventures du détective Maden.
- Je ne sais pas trop, en ce moment je fais une pause, on ne croirait pas mais c’est une tache épuisante de mettre des mots les un à la suite des autres.
-Ne tardez pas trop, je suis impatiente de replonger dans votre univers si particulier. Je dois partir mais j’ai vraiment pris du plaisir à discuter avec vous. J’espère vous revoir Mr Raven ! Au revoir !
- Mais pour moi aussi, au revoir Mlle.
"
Je remontais dans ma voiture, repensant à ce qu’elle m’avait dit. Ce qu’elle ne savait pas c’était qu’il n’y aurait aucun nouveau livre, aucune suite aux aventures de notre cher détective. La pause risquait d’être très longue car la source s’était tarie.
Mon agent risquait d’être déçu. Je n’étais pas un écrivain célèbre comme Stephen King ou Tom Clancy, mais j’avais une certaine notoriété qui m’assurait une bonne place dans les classements à chaque sortie d’un de mes livres. J’étais assez intéressant pour que mon agent me pousse à sortir un livre par an " pour ne pas qu’on m’oublie ", disait-il. Cela ne me posait pas de problèmes avant mais depuis que je n’écris plus, que ma capacité à inventer ne fonctionne plus, il m’appelle tout le temps pour savoir quand sortirais le nouveau bouquin.
-"Tu es un écrivain à maturité, Mike, ne laisse pas passer cette chance, il n’y a pas de repos pour les vainqueurs", me répétait-il sans cesse.
Je pense que je n’écris plus depuis qu’on a divorcé avec Sarah. Elle disait que je ne m’occupais pas assez d’elle, que j’étais toujours plongé dans mes livres, mon univers. Elle devait-être ma muse ou une connerie du même genre. Bon dieu, 10 ans et elle part comme ça ! Je me souviens de cet instant où elle m’attendait à la maison, je rentrais d’un match de basket, les Chicago Bulls avaient gagné. Elle était là devant la table du salon, son alliance posée sur cette même table, et j’ai compris. Je ne sais pas trop si son départ est la cause de mon manque d’inspiration car j’étais déjà en plein congé paternité de mon dernier livre.
La disparition de ma capacité à écrire et à inventer a aussi été celle de ma principale thérapie contre la dépression. Écrire me permettait en quelque sorte d’exorciser mes démons, en mettant un peu de moi dans mes personnages.
C’était un moyen de les détruire en quelque sorte.
Depuis tous les soirs, depuis deux ans, je me tiens devant mon bureau, j’essaye d’écrire mais les pages restent désespérément blanches. Je m’emporte souvent et froisse des corbeilles entières de papier. J’ai pris l’habitude de m’ouvrir une bouteille de whiskey pour me réchauffer face à ce blanc interminable.
Même le traitement de texte, mon vieil ami, ne me laisse pas écrire et n’affiche plus que cette page toujours aussi blanche. J’en viens à avoir peur de cette icône sur le bureau. Peur de ne pas pouvoir retrouver mon talent, ou juste celui d’écrire. A coté de moi, une pile de vieux livres, écrits par moi-même, me narguent comme de vieux amis ayant mieux réussis leurs vies. _ Au sommet de cette pile, la couverture cornée représentant un œil m’observe. Mon dernier livre : The Final Look… Mouais The Final Book plutôt.
Il m’arrive de me réveiller le matin, écroulé sur le clavier, mon poids imprimant quelque chose d’incompréhensible sur l’écran. La seule fois où cette fichue page blanche se noircit c’est pour ne rien raconter, quelle ironie.
Voila, ça fait deux ans que je n’écris plus à part pour remplir des formulaires ou des papiers officiels que je ne veux pas remplir. L’envie d’écrire est toujours là mais je n’y arrive plus.
Écrire était une drogue et je suis sacrément en manque."

Sévin Thomas, 1ere S


Viger Joséphine, mai 2011 {JPEG}

"Marie,
j’ai retrouvé au fin fond de mon grenier, une photo du coffre de notre voiture. Subitement des souvenirs de notre vie passée me sont revenus au visage.
Lorsque je t’ai rencontré, je venais de dire adieu à mon domicile familial. _ Comme tu le sais, mes parents golfeurs acceptaient mal mes rêves de l’époque qui n’étaient emplis que de guitare, de partitions et d’harmonies. Je souris d’ailleurs en me rappelant leur avoir volé leurs balles de golf, juste pour les faire rager. Il faut dire que je me remettais à peine de la mort de Stan...
Te rappelles-tu de lui ? Je t’en avais parlé. Ce gars parlait pas un mot de français quand je l’ai rencontré, que de l’allemand ! J’ai encore les journaux qu’il lisait. Il est pourtant rapidement devenu mon meilleur ami. Ce mec avait vraiment le cœur sur la main. Je crois que le jour où je l’ai rencontré, il avait déjà déclaré qu’il me léguerait sa voiture quand il mourrait ! Drôle de présage, à croire qu’il savait quelque chose... En même temps, en tant qu’explorateur, il a pris des risques toute sa vie, fallait bien que ça arrive...
Je ne pouvais t’en parler avant mais tu comprends peut-être mieux maintenant pourquoi j’ai donné son nom à ce chien errant qui me suivait partout. Seul et baroudeur, il débordait pourtant d’amour. Ça m’a rappelé quelqu’un...
Quand j’y repense, je me demande ce qui t’es passé par la tête la première fois que tu m’as rencontré. J’étais dans un piteux état ! Je mendiais, survivais grâce à mes concerts de rue et vivait dans cette fameuse voiture. Je te voyais souvent passer par le même endroit, et le fait que je choisisse régulièrement cette même rue pour mes concerts n’était pas anodin, je l’avoue. Il n’empêche que si tu n’avais pas fait tomber ton vernis et tes photos d’identité, je ne sais pas si j’aurais osé t’aborder un jour, moi le musicien mendiant, toi la libraire rayonnante. C’est pourtant ici et comme ça que notre histoire a commencé, si précipitamment.
Je me rappelle encore de tes yeux emplis de passion. Tu me parlais de vie triste et sans saveur et de rêves inassouvis, de découverte et d’exploration. Je crois qu’on est parti du jour au lendemain, à croire qu’on s’était attendu l’un et l’autre pendant tout ce temps. C’était la frénésie ! Je partais me former à la School music dont tu m’avais parlé en ramenant leurs flyers de ta librairie, et tu m’accompagnerais dans mes périples, ta malheureuse petite caméra à la main, futur reporter !
On a tout jeté dans le coffre de la voiture et on a roulé.
Je ne me rappelais pas avoir pris une photo de ce coffre, qui rassemblait toutes nos vies et espoirs, passés, présents et futurs. Et pourtant, je retrouve cette photo aujourd’hui. Elle raconte plutôt bien notre histoire, tu ne trouves pas ?

Regarde bien, on y voit beaucoup de choses..."

Viger Joséphine, 1ere L


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