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Publié : 31 mai 2012

Une lecture de "Long week-end"

Justine a lu, apprécié et commenté le roman de Joyce Maynard "Long week-end".

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Henry, un adolescent de 13 ans, vit seul avec sa mère, Adèle, qui n’a plus goût à la vie après ses fausses couches successives, et son divorce. Le jeune garçon plutôt solitaire, reste chez lui avec sa mère la plupart du temps, et ne fait pas de sport, au grand désespoir de son père, qui vit avec sa nouvelle femme, Marjorie, et leurs enfants. Henry et sa mère ne sortent que très rarement, pour aller au Pricemart du coin, afin d’acheter leur nourriture surgelée.
Or, en ce week-end du Labor Day, leur petite « course » va se dérouler différemment. En effet, un homme, Frank, blessé, interpelle Henry et lui demande avec insistance de convaincre sa mère de le conduire chez eux. Celle-ci accepte. Henry et sa mère se retrouvent alors tous deux pris en otage. Ils apprennent alors que Frank, est un prisonnier qui s’est évadé alors qu’il venait de se faire opérer de l’appendicite. Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, Adèle ne panique pas et se prend de passion pour cet homme. Henry est assez méfiant, mais se laisse finalement convaincre par le fait qu’un prisonnier n’est peut-être pas si « mauvais ». D’ailleurs, on apprend lors du récit, que Frank a commis un meurtre involontairement, et qu’il n’est pas coupable du deuxième. Frank est recherché par la police qui promet une grosse somme d’argent en échange de renseignements.

Ici commence une histoire d’amour passionnelle entre Adèle et Frank. Et une très belle relation entre Frank et Henry se tisse, puisqu’il lui donne même le goût du baseball et de la cuisine. Il leur redonne tout simplement goût à la vie. Ce qui était censé être une prise d’otages se transforme alors en une vie de famille presque parfaite.

Henry étant un adolescent, il se pose énormément de questions quant à sa sexualité. Il entend d’ailleurs plusieurs soirs d’affilée, sa mère et Frank faire l’amour.

La condition pour que Frank, Adèle et Henry puissent vivre heureux et non recherchés par la police, est qu’ils déménagent tous, vers le Canada. Ils demandent alors à Henry d’aller se documenter sur ce pays à la bibliothèque. Il y rencontre une jeune fille de son âge, Eleanor, à qui il dit tout, car elle le comprend vraiment. Il aura avec elle son premier baiser, et une première relation, plutôt étrange. La jeune fille lui met alors dans la tête qu’à partir du moment où il y a une relation sexuelle entre Frank et Adèle, celle-ci ne pourrait pas prendre ses propres décisions et serait mal influencée par Frank. Elle lui conseille alors de tout dire à la police. Or, Henry n’arrive pas à renoncer au bonheur de sa mère, et décide de ne rien dire.

Voici venu le jour du grand départ, tout est prêt. Or quelques minutes avant de partir la police neutralise la maison de Henry et oblige Frank à en sortir. Avant de se rendre, Frank ligote Adèle et Henry sur des chaises afin qu’ils ne soient pas jugés complices.
A la suite de cette arrestation, Henry part vivre chez son père avec toute sa famille recomposée. Un jour, il croise par hasard Eleanor, et comprend alors que c’est elle qui a dénoncé Frank. Plus tard, Henry ouvre un restaurant grâce aux conseils culinaires de Frank. Lors de sa sortie de prison, Frank rejoint Adèle, ils vivent alors pleinement leur histoire d’amour et Henry sa vie de famille.

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Les personnages principaux sont :

  • Henry, jeune adolescent de treize ans, qui n’a pas trop d’amis. Il nous raconte son obsession pour les filles, sa puberté. Le personnage d’Henry est plutôt influençable, mais ne se laisse pas pour autant attirer par la méchanceté. Il aime par dessus tout sa mère et ne veut que son bonheur. Il n’est pas autant attaché à son père, peut-être parce qu’il sait qu’il se débrouille très bien sans son fils. Il a l’impression que son père n’a d’yeux que pour le fils de Marjorie, Richard qui a le même page que Henry, mais qui lui, aime le sport. Henry est en bons termes avec le prisonnier en cavale, Frank, puisqu’il est un peu comme le père qu’il n’a jamais eu ; il lui apprend tout plein de choses telles que la cuisine. Il lui arrive tout de même de s’en méfier car Henry est un personnage intelligent.
  • Adèle est la mère d’Henry. On pourrait la croire folle, vers le début du récit, mais au fur et à mesure qu’on la découvre dans l’histoire, on s’attache à elle et on remarque que c’est un personnage fragilisé par la vie ; de par les fausses couches qu’elle a vécues, mais aussi par son divorce. Les seules choses auxquelles elle se raccroche sont son fils et quelque peu la danse. L’arrivée de Frank dans sa vie, lui a permis de retrouver goût à la vie. Elle partage avec lui une relation fusionnelle, qui lui fait oublier les risques qu’elle encoure.
  • Frank, le prisonnier en cavale ne mérite pas totalement toutes ses années d’emprisonnement. Il a été profondément marqué par sa participation forcée à la guerre du Viet Nam. Il a été trompé par une femme dont il est responsable de l’homicide involontaire. Il a été accusé à tort d’un second meurtre. Il offre à Adèle l’amour dont elle avait besoin et a Henry la masculinité dont il avait besoin. Frank est un personnage attachant de par tous les événements qu’il a vécus, et de par l’amour qu’il donne à ce qui est sa famille pour ce long week-end

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Le style d’écriture de Joyce Maynard fait qu’on ne s’ennuie jamais. Elle utilise des mots simples mais qui impliquent des significations profondes. Elle utilise parfois des mots vulgaires, mais il en faut pour exprimer certains sentiments. Elle utilise ses mots au bon moment. En fait, elle a très bien exprimé le point de vue d’un adolescent de treize ans.

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La morale de ce roman est sans doute que les gens ne méritent souvent pas ce qu’ils leur arrivent, et il faut se méfier des apparences. Ce qu’à très bien fait Adèle, quoique troublée par le personnage de Frank.

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Dans l’ensemble, j’ai vraiment apprécié ce livre, je ne me suis jamais ennuyée. Lors de cette lecture car on veut savoir ce qu’il va advenir aux personnages.

Je me suis vraiment identifiée et retrouvée dans certains moments du récit, comme lorsque Henry dit page 56 : « C’est une chose qui arrive parfois : vous vous réveillez, et pendant une minute, vous ne savez plus ce qui s’est passé la veille. Votre cerveau doit se réenclencher pour que vous puissiez vous rappeler ce qui s’est passé – que ce soit agréable ou, le plus souvent, désagréable – et que la nuit a effacé. »

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Les relations entre les personnages sont très fusionnelles :
Le regard que porte l’adolescent sur sa mère, le fait qu’il la protège avec un tel amour.
On a l’impression que c’est lui qui lui tient la main alors que ça devrait être le contraire. On remarque que les rôles sont inversés quand Henry déclare page 111 : « Soudain je découvre l’une des meilleurs conséquences de [l’arrivée de Frank] chez nous. Je n’ai plus la responsabilité de la rendre heureuse. ».

Relevons quelques passages : « Mais il y avait une sorte de beauté dans la façon dont s’y prenait Frank, on pensait à un joaillier, ou à un savant maniant une éprouvette, ou à un de ces vieux Japonais qui passent un journée à travailler sur un unique bonsaï. ». pages 50-51 Ou encore lorsqu’Henry dit sur l’instant : « J’avais faim, mais face à eux, il semblait aussi vulgaire de mâcher ou d’avaler que de se goinfrer de pop-corn au baptême d’un bébé ou de lécher un cornet de glace pendant que votre copain vous raconte la mort de son chien. Ma place n’était pas à cette table. ». On se demande qui retient réellement l’autre captif.

Les réflexions d’Henry sur l’ancienne relation de ses parents sont je trouve abordées avec un certain recul, et une belle maturité pour un adolescent de treize ans, comme on le voit page 39 : « Est-ce que pour haïr quelqu’un comme elle semblait haïr mon père il ne fallait pas d’abord l’avoir beaucoup aimé ? Comme dans le jeu de bascule : plus bas descend l’un, plus haut monte l’autre. »

Ce roman nous fait ressentir plusieurs sentiments telles que la compassion et la pitié lorsque l’on apprend les fausses couches successives de la mère d’Henry et surtout lorsqu’elle met au monde un nourrisson, décédé, Fern. On rit aussi quand Henry nous raconte ses problèmes d’adolescent de treize ans.

La fin est heureuse, et c’est tout ce que l’on souhaite à ce trio qui a vécu un huis-clos pour le moins surprenant mais qui les a changés pour toujours.

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Justine 2nde1.