Publié : 11 février 2010

K, L et M

K

WASSILY KANDINSKY : 1866-1944, peintre russe et théoricien de l’art, inventeur de l’abstraction en 1910.
« La création d’une œuvre équivaut à la création d’un monde. »

« J’ai cherché pendant des années la possibilité de permettre au spectateur de déambuler dans la peinture, le forçant à se perdre dans le tableau. »

« Je trouve toujours un avantage à laisser un espace vide dans chaque œuvre ; il s’agit de ne rien imposer. Ne pensez-vous pas que ce soit là une loi éternelle ? Mais c’est une loi pour demain. »

« L’art est le seul langage qui parle à l’âme, et le seul qu’elle puisse entendre. Elle y trouve, sous l’unique forme qui soit assimilable par elle, le pain quotidien dont elle a besoin. »

« Chaque artiste, en tant que créateur, doit exprimer ce qui lui est propre. »

« Chaque artiste, en tant qu’enfant de son époque, doit exprimer ce qui est propre à son époque. »

« Chaque artiste, en tant que serviteur de l’art, doit exprimer ce qui est propre à l’art en général. »

« Toute œuvre d’art est l’enfant de son temps et, bien souvent, la mère de nos sentiments. Ainsi de chaque ère culturelle naît un art qui lui est propre et qui ne saurait être répété. Tenter de faire revivre des principes d’art ancien ne peut, tout au plus, conduire qu’à la production d’œuvres mort-nées. »

« Le noir et le blanc sont les deux grandes possibilités du silence. »
in Du spirituel dans l’Art.

« Le point est la plus petite forme de base. »

« Le nombre des couleurs et des formes est infini. Que dire de leurs combinaisons et de leurs effets ? Une telle matière est inépuisable. »

« Le vert absolu est la couleur la plus calme qui soit. »

« Le rouge et le jaune mélangés donnent l’orange. Où commence l’orange, où finissent le rouge et le jaune. »

« Le violet est un mélange de rouge et de bleu. Où est la limite qui le sépare du rouge et du bleu ? »

« Le noir est comme un bûcher éteint qui a cessé de brûler. »

« Le gris est sans résonance et immobile. »

« Le blanc ... c’est un rien de joie juvénile. »

EMMANUEL KANT : 1724-1804, philosophe allemand.
« … est sublime ce en comparaison de quoi tout le reste est petit. »

« Le beau est le symbole du bien moral. »

ALAN KAPROW : 1927-2006, artiste plasticien américain.
« Pollock nous a laissé à un point où nous devons être préoccupés et même éblouis par l’espace et les objets de notre vie quotidienne que ce soit nos corps, nos vêtements ou les pièces où l’on vit. »

« Ces créateurs audacieux nous montreront comme pour la première fois la réalité qui nous entoure depuis toujours, sans que nous y prenions garde, et ils dévoileront aussi des évènements complètement ignorés, dénichés dans les poubelles, dans les fichiers de police ou les halls d’hôtels, aperçus dans les vitrines ou dans la rue, et entrevus dans les rêves ou les accidents horribles. (...) Le jeune artiste d’aujourd’hui n’a plus besoin de dire je suis peintre ou poète, ou danseur. Tout ce que peut offrir la vie lui sera accessible. Il extraira des choses ordinaires la signification de l’ordinaire. Il n’essaiera pas de les rendre extraordinaires. Seule leur signification sera énoncée. Mais il inventera l’extraordinaire à partir de rien, et puis peut-être aussi le rien. Les gens seront ravis ou épouvantés, les critiques seront confondus ou amusés, mais cela sera, j’en suis sûr, l’alchimie des années soixante. »
in The legacy of Jackson Pollock.

« En détruisant quasiment cette tradition (la peinture de chevalet), Pollock pourrait bien nous ramener au moment où l’art s’occupait plus activement des rituels, de la magie et de la vie que nous ne l’avons vu faire dans un passé récent. Alors, ce serait une initiative extraordinairement importante qui offrirait une excellente réponse aux récriminations de ceux qui voudraient qu’on mette un peu de vie dans l’art. Et maintenant, qu’allons-nous faire ? Il y a deux solutions. L’une est de poursuivre dans cette voie. (...) L’autre est de renoncer complètement à faire des peintures. »
in Artnews 57, octobre 1958.

« On dit que si un homme touche le fond, il ne peut aller que dans un sens, à savoir vers le haut. C’est un peu ce qui s’est produit, car l’artiste était en enfer en 1946, et maintenant il est dans les affaires. (...) Il se pourrait que le visionnaire moderne soit encore plus stéréotypé que son pendant, le conformiste, et que ni l’un ni l’autre n’existe vraiment. »
in Artnews 63, octobre 1964.

TADASHI KAWAMATA : artiste japonais, né en 1953.
« Je suis entre, je préfère ce jugement flottant, je suis entre l’architecture et la sculpture ou l’environnement : récemment, j’ai déclaré que j’étais juste un activiste. »

« La construction et la déconstruction sont comme un cercle, comme un temps circulaire qui induit une certaine idée d’entropie. Si vous utilisez quelque chose, vous détruisez autre chose. Et quand je commence un chantier, j’ai déjà intégré le principe de la destruction. Je prends et je restitue, c’est une circularité, un cycle des matériaux, de l’énergie. »

« Aujourd’hui, être entre deux reste une sorte de position, un mode d’être qui correspond à beaucoup de situations sociales dans le monde. Il ne s’agit pas seulement d’art, mais d’un phénomène plus profond, et beaucoup de gens, heureusement ou malheureusement, doivent être entre deux à un moment où personne ne peut saisir un état stable du monde, social, économique, politique. »

MIKE KELLEY : artiste plasticien américain, né en 1954.
« Les artistes sont des gens à qui la société accorde un certain privilège, celui d’agir selon des modes qu’on n’attend pas de la part des adultes. »

ANSELM KIEFER : artiste plasticien allemand, né en 1945
« Je ne peux que rendre mes sentiments, mes pensées, et mon intention dans les peintures. Je les rends aussi précisément que je le peux et, après, (…) c’est vous qui décidez ce que sont les tableaux et ce que je suis. » 1987

« L’œuvre dans son échec _ et elle échoue toujours _ éclairera même faiblement la grandeur et la splendeur de ce qu’elle ne pourra jamais atteindre. »

« Un travail artistique, c’est ce qui passe à travers moi comme un exemple à saisir, aussi précisément que possible, par beaucoup de personnes. Je ne peux rien faire d’autre que ce qui passe à travers moi. »

STEPHEN KING : romancier américain, né en 1947
« Je n’ai pas craché vingt dollars pour regarder ce mec se tuer en direct sur la TV de tout le pays, même si j’étais sûr que ça se passerait exactement comme ça. J’y suis allé à cause des ombres que nous avons toujours derrière les yeux, de ce que Bruce Springsteen appelle les ténèbres à la lisière des villes dans une de ses chansons, et à un moment ou à un autre je crois que nous voulons tous défier ces ténèbres malgré ces corps brinquebalants que Dieu nous a donné, à nous pauvres humains. Non…Pas malgré ces corps mais grâce à eux. », in Différentes saisons.

PAUL KLEE : peintre suisse, 1879-1940.
« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. »

« Je veux être comme un nouveau-né ne connaissant absolument rien de l’Europe, ignorant les faits et les modes, presque primitif. »

YVES KLEIN : 1928-1962, peintre français, apparenté aux Nouveaux Réalistes.
« Fixer l’empreinte des flammes, c’est répéter un rêve archaïque : maîtriser et domestiquer le feu. »

« La terre est bleue. »

« Ni les missiles, ni les fusées, ni les spoutniks ne feront de l’homme le conquistador de l’espace. L’homme ne parviendra à prendre possession de l’espace qu’à travers les forces de la sensibilité. »

« C’est sous mes yeux et sous mes ordres que doit s’accomplir le travail de l’art. »

« Je ne fais que recréer » la technique de l’action painting. »

« Créer une ambiance, un climat pictural invisible, dans l’esprit de ce que Delacroix appelait : l’indéfinissable. »

« Mes tableaux sont les cendres de mon art. »

« Je plaçai une toile, fraîchement enduite de peinture, sur le toit de ma blanche Citroën. Et tandis que j’avalais la nationale 7 à cent kilomètres à l’heure, la chaleur, le froid, la lumière, le vent et la pluie firent en sorte que ma toile se trouva prématurément vieillie. Trente ou quarante ans au moins se trouvaient réduits à une seule journée. »

« Les artistes qui collaborent sont ceux qui travaillent avec le cœur et la tête ! Ce sont des artistes qui savent ce que c’est que la responsabilité d’être un homme vis-à-vis de l’univers. » extrait du discours prononcé à l’occasion de l’exposition Tinguely à Düsseldorf

« Chacunes de ses propositions bleues, toutes semblables en apparence, furent cependant reconnues par le public bien différentes les unes des autres. L’amateur passait de l’une à l’autre, comme il convenait, et pénétrait en état de contemplation instantanée dans les mondes du bleu. (...) L’observation la plus sensationnelle fut celle des acheteurs. Ils choisirent parmi les onze tableaux exposés, chacun le leur, et le payèrent chacun le prix demandé. Les prix étant tous différents bien sûr. »

JEFF KOONS : artiste américain, né en 1955.
« L’art est communication _ il est la faculté de manipuler les gens. La différence avec le show-business ou la politique réside uniquement dans le fait que l’artiste est plus libre. »

JOSEPH KOSUTH : artiste américain, né en 1945, apparenté à l’art conceptuel
« L’art est langage, pour l’atteindre, il est nécessaire de quitter le monde des apparences afin de révéler le concept. »

« L’art est la définition de l’art. »

« Ce que l’art a en commun avec les mathématiques c’est qu’il est une tautologie ; c’est-à-dire que l’idée de l’art (l’œuvre) et l’art sont une même chose. »

JANIS KOUNELLIS : artiste d’origine grecque, né en 1936, apparenté à l’Arte povera italienne
« Je veux faire des choses qui soient ouvertes et barbares. »

KARL KRAUS : 1874-1936, écrivain autrichien.
« Faire voir des abîmes sous les lieux communs. »

DELPHINE KREUTER : née en 1973, photographe et réalisatrice française
« Photographier devient un jeu entre la vie et la mort. Sujets et objets sortis de leur contexte perdent le sens, le rôle que ce contexte leur donne, ainsi, déjà, ils quittent la vie. Tout devient matière, inerte, lignes, formes, couleurs, image, bidimensionnel, surface. Il s’agit pourtant de saisir un mystère, ce qui existe, indéfinissable, infini, spirituel, à travers ce qui est. C’est toujours cette tentative d’admettre ou de démettre ce qui est humain. C’est une perpétuelle expérimentation de la sauvagerie de l’image. » 1999

AGOTA KRISTOF : écrivaine d’origine hongroise, née en 1935, vit en Suisse Romande.« L’écriture est pour moi une chose terrifiante. En utilisant le français, je mets une distance entre mes terreurs et mon écriture. »

« Un train pour le nord.
Une sculpture dans un parc, près d’une gare abandonnée.
Elle représente un chien et un homme.
Le chien est debout, l’homme est à genoux, ses bras entourent le cou du chien, sa tête est légèrement penchée.
Les yeux du chien regardent le plaine qui s’étend à l’infini à gauche de la gare, les yeux de l’homme sont fixés droit devant lui, par-dessus le dos du chien, ils regardent les rails envahis par les herbes, où plus aucun train ne passe depuis longtemps. Le village que desservait la gare désaffectée est abandonné par ses habitants. Il y a encore quelques citadins amoureux de la nature et de la solitude qui s’y installent à la belle saison, mais il possède tous une voiture.
Il y a aussi le vieillard qui rôde dans le par cet qui affirme avoir sculpté le chien et, en l’embrassant – car il l’aimait beaucoup -, avoir été pétrifié lui- même. Quand on lui demande comment cela se fait qu’il soit tout de même là, vivant, en chair et en os, il répond avec simplicité qu’il attend le prochain train pour le Nord.
On n’a pas le coeur de lui dire qu’il n’y a plus de train pour le Nord, qu’il n’y a plus de train pour nulle part. On lui propose de le conduire en voiture, mais il secoue la tête.
- Non, pas en voiture. C’est à la gare qu’on m’attend.
On lui propose de l’emmener à la gare, à n’importe quelle gare du Nord.
Il secoue la tête derechef.
- Non, merci. Je dois prendre le train. J’ai écrit des lettres. A ma mère. A ma femme aussi. J’ai écrit que j’arriverai par le train de 8 heures du soir. Ma femme m’attend à la gare avec les enfants. Ma mère m’attend aussi. Depuis que mon père est mort, elle m’attend pour l’enterrement. Je lui ai promis de venir à l’enterrement. Je compte aussi revoir ma femme et mes enfants que j’ai... abandonnés. Oui, je les ai abandonnés. Pour devenir un grand artiste. J’ai fait de la peinture, de la sculpture. A présent, j’ai envie de rentrer.
- Mais tout cela, la lettre à votre mère et à votre femme, l’enterrement de votre père, enfin tout ça date de quand ?
- Tout ceci date de... quand j’ai empoisonné mon chien, parce qu’il ne voulait pas me laisser partir. Il s’accrochait à ma veste, à mon pantalon, il hurlait quand je voulais monter dans le train. Alors, je l’ai empoisonné, et je l’ai enterré sous la sculpture.
- La sculpture y était déjà ?
- Non, je l’ai sculptée le lendemain. J’ai sculpté mon chien ici, sur sa tombe. Et quand le train du Nord est arrivé, je l’ai embrassé une dernière fois, et... je me suis pétrifié sur son cou. Même mort, il ne voulait pas me laisser partir.
- Pourtant, vous êtes là, et vous attendez un train.
Le vieillard rit :
- Je ne suis pas aussi fou que vous croyez. Je sais très bien que je n’existe pas, je suis en pierre, couché sur le dos de mon chien. Je sais aussi que les trains ne passent plus à cet endroit. Je sais aussi que mon père est enterré depuis longtemps, que ma mère, morte également, ne m’attend plus à aucune gare, personne ne m’attend. Ma femme s’est remariée. Mes enfants sont devenus des adultes. Je suis vieux, monsieur, très vieux, plus vieux même que vous ne le pensez. Je suis une statue, je ne partirai pas. Tout ceci n’est plus qu’un jeu entre mon chien et moi, un jeu que nous avons joué pendant des années, un jeu qu’il a gagné d’avance à l’instant où je l’ai connu. »
in C’est égal. Recueil de nouvelles, éditions du Seuil, janvier 2005.

BARBARA KRUGER : née en 1945, artiste conceptuelle et photomonteuse américaine.
« D’un bout à l’autre de son œuvre, Andy (Warhol) a joué le rôle d’un technicien de l’étanchéité, qui s’est mis à surveiller les tendances évacuatrices de quelqu’un d’autre. Sa lucidité peut passer pour une espèce de flegme. Il avait la faculté de télescoper les nuances complexes du langage et des sensations pour les réduire au silence glacial du geste figé. Il a porté à de nouveaux sommets de l’incommuniqué les simplifications du mythe et de l’iconographie muette.
Comme tout voyeur qui se respecte, il avait le don de transmuer le sexe en nostalgie du sexe, et il percevait les calmes échos de l’énergie qui réside non pas dans les torrents du verbiage, mais dans le recueillement élégamment muet du langage des signes. »

L

JACQUES LACAN : 1901-1981, psychiatre et psychanalyste français.
« C’est le monde des mots qui crée le monde des choses. » 1953.

PÄR LAGERKVIST : 1891-1974, écrivain suédois, prix Nobel de littérature en 1951.
« Les hommes aiment à se voir refléter en des miroirs troubles. »
in Le nain, éditions Roman Stock, p.267.

JEAN LAUDE : 1922-1984, poète ethnologue et historien de l’art, français.
« Toute statue africaine a une destination, religieuse ou, au sens large, sociale : elle est un instrument, un outil, elle n’a jamais comme but, au point de départ, l’émotion ou la contemplation esthétique. »

BERTRAND LAVIER : artiste plasticien français, né en 1949.
« Dans l’imaginaire des gens, l’artiste c’est Van Gogh ou Modigliani. Quelqu’un qui a vie pénible dont le génie n’est reconnu qu’à titre posthume. On reste encore sur cette figure de l’artiste maudit, une conception doloriste héritée du XIXeme siècle. L’artiste qui a l’air heureux est suspect. »
Sur les 15574 artistes recensés en 1999, 5000 en 1998 sont au RMI.

« Etre artiste ce n’est certainement pas un métier, tout simplement parce qu’un métier cela s’apprend tandis qu’artiste cela s’invente tous les jours : c’est un mode de vie. »

LAUTREAMONT : 1846-1870, poète franco-urugayen.
« Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! » in Les Chants de Maldoror.

« Le plagiat est nécessaire. »

« La poésie doit être faite par tous. Non par un. »

FERNAND LEGER : 1881-1955, peintre français.
« Lorsque les architectes eurent enfin débarrassés les murs de tout vestige de l’époque 1900, nous nous sommes trouvés devant des murs blancs. Un mur blanc est parfait pour un peintre. Un mur blanc avec un Mondrian est encore mieux. »

« J’ai libéré la couleur de la forme en la disposant par larges zones sans l’obliger à épouser les contours des objets : elle garde ainsi toute sa force et le dessin aussi. »

MICHEL LEIRIS : 1901-1990, écrivain, ethnologue et historien de l’art, français.
« Malheur à qui n’exprime pas l’inexprimable, ne comprend pas l’incompréhensible. »

« Mais il y a toutes sortes de manières d’être poète. Tenir une plume ou un pinceau n’est pas forcément la meilleure. »

JEAN-CLAUDE LEMAGNY : agrégé d’histoire, conservateur et commissaire d’exposition français.
« Toute pensée qui reste seule s’étiole, toute pensée qui se ressource à l’action s’épanouit. »

EUGENE LEROY : 1910-2000, peintre français.
« Peindre, c’est entrer lentement dans les choses. »

« Je voudrais toucher la peinture comme la peinture vous touche. »

CLAUDE LEVEQUE : artiste plasticien français, né en 1953.
« La plupart du temps, le monde qui m’entoure m’ennuie. L’art m’occupe. »

« C’est faux, c’est vrai ? Ce trouble m’intéresse, il interroge la réalité : de quoi est-elle faite ? D’ailleurs, je suis plus arrêté par le faux que par le vrai, par les questions que par les réponses, par les choses troubles, ambiguës, entre deux, où l’on ne sait pas très bien. »

« L’humanité s’automutile, les gens s’entredévorent parce que le monde est violent de pathologies nées de problèmes d’identité, d’isolement mental, d’isolement du corps. Mais je ne délivre pas de message, je veux juste créer des zones de réactivité. »

« Je crois beaucoup à l’émotion dans toutes les formes d’art. Elle ne doit pas être hystérique mais créer une perturbation sensorielle qui va nous aider à mettre en route l’intelligence, pour comprendre, s’interroger, activer des choses enfouies. » mai 2002 (in Beaux arts magazine 216).

EMMANUEL LEVINAS : 1906-1995, philosophe français.
« Le visage c’est ce qui m’ordonne de servir autrui. C’est ce qui m’empêche de tuer. »

« Le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité. » (In Ethique et infini).

SHERRIE LEVINE : artiste conceptuelle post-moderne et photographe américaine, née en 1947.
« Un image n’est qu’un espace dans lequel réside une multitude d’images dont aucune n’est originales. Une image est un tissu de citations extraites des centres innombrables de la culture. » 1980.

« Ce qui a influencé tout mon travail est que nous n’avions aucun contact proche avec les courants les plus importants en peinture et sculpture. La majorité de ce que nous voyions n’était que reproductions. En conséquence, la reproduction était le sujet de fond de mon travail. »

« Je m’intéresse à cette imperceptible différence entre ce qui avait été sans être finalement entré dans l’œuvre, et ce qui est entré dans l’œuvre sans avoir été voulu. »

SOLL LEWITT : 1928-2007, artiste conceptuel et minnimaliste américain.
« L’œuvre est le conducteur de la pensée de l’artiste à celle du spectateur. »

ROY LICHTENSTEIN : 1923-1997, peintre américain, apparenté au Pop Art.
« Je crée une œuvre qui m’est propre dans un style qui m’est propre. »

GILLES LIPOVETSKY :professeur agrégé de philosophie et essayiste français, né en 1944.
« C’est dans les rues de Paris ou au marché aux puces, dans les rapprochements insolites et coïncidences du quotidien que les signes les plus troublants sont à chercher. L’art et la vie sont ici et maintenant. »

JACK LONDON : 1876-1916, journaliste et écrivain américain
« L’homme se distingue des autres animaux surtout en ceci : il est le seul qui maltraite sa femelle, méfait dont ni les loups ni les lâches coyotes ne se rendent coupables, ni même le chien dégénéré par la domestication ».
in Les vagabonds du rail et cité par Sylvain Tesson in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 94, éditions des équateurs

RICHARD LONG : sculpteur, photographe et peintre américain, né en 1945, apparenté au Land Art.
« Je préfère être un usager de la nature qu’un de ses exploiteurs. »

« Mon travail, c’est l’antithèse de ce que l’on appelle le Land Art américain… Marcher dans l’Himalaya… c’est une façon de toucher la terre avec plus de légèreté, et cela suppose un engagement personnel plus physique qu’un artiste qui planifie un grand earthwork réalisé ensuite par des bulldozers. J’admire l’esprit des indiens d’Amérique plus que celui des land-artistes. » (1987).

« Une marche n’est qu’une strate, une marque, déposée sur des milliers d’autres strates de l’histoire humaine et géographique à la surface de la terre. La carte aide à le voir. »

PIERRE LOTI : 1850-1923, écrivain français.
« Je trouve que quand on arrange les choses, on les dérange toujours beaucoup. »

M

MAURICE MAETERLINK : 1862-1949, écrivain francophone belge. Prix Nobel de littérature en 1911.
« Il n’y a rien de plus beau qu’une clef, tant qu’on ne sait pas ce qu’elle ouvre. »

WLADIMIR MAÏAKOVSKI : 1893-1930, poète, dramaturge et futuriste russe.
« Ce n’est pas l’idée qui engendre le mot, mais le mot qui engendre l’idée. » 1914.

ARISTIDE MAILLOL : 1861-1944, sculpteur et peintre français d’origine catalane.« L’art nègre renferme plus d’idées que l’art grec. Nous ne savons plus prendre ces libertés. Nous sommes trop asservis au passé. »

RENE MAGRITTE : 1898-1967, peintre belge, apparenté au mouvement surréaliste.
« Un homme est privilégié quand sa passion l’oblige à trahir ses convictions pour plaire à la femme qu’il aime. » cité par Marlène Dumas.

« Les peintre cubistes, parmi lesquels Braque et Picasso semblent les plus éminents (…), ont condamnés sans appel toute peinture qui prétendait être le reflet de l’univers. Les tableaux cubistes sont des objets ayant leur vie propre, ce ne sont pas des représentations. » 1936

« La liberté, c’est la possibilité d’être, et non l’obligation d’être. Le cœur triste peut battre, il peut cesser de battre : il fait connaissance avec la liberté. » 1955

« Tous mes derniers tableaux me conduisent à cette peinture simplifiée que je désirais depuis longtemps, c’est en somme la recherche de plus en plus rigoureuse de ce qui est, à mes yeux, essentiel dans l’art : une pureté, une précision de l’image du mystère, qui ayant abandonné toute conjoncture accidentelle, soit décisive… » (sans date).

« Il arrive qu’un portrait tâche de ressembler à son modèle. Mais l’on peut souhaiter que ce modèle tâche de ressembler à son portrait. » 1943

« Les titres accompagnent mes tableaux le mieux possible. Ils ne sont pas des clefs. Il n’y a que de fausses clefs. »1966

« Je tiens particulièrement à cette idée que ma peinture n’exprime rien (ni les autres peintures non plus d’ailleurs). » 1960

« J’estime que la parole exprime assez d’idées, parfois très belles et trop souvent assommantes, sans que la peinture doive encore y ajouter. » 1959

« Un arbre est une image d’un certain bonheur. Pour percevoir cette image, nous devons être immobiles comme l’arbre. Quand nous sommes en mouvement, c’est l’arbre qui devient le spectateur. Il assiste également, sous les formes de chaise, de table, de porte, au spectacle plus ou moins agité de notre vie. L’arbre devenu cercueil disparaît dans la terre. Et quand il se transforme en flamme, il s’évanouit dans l’air. » 1947

« La difficulté de ma pensée, quand je souhaite trouver un nouveau tableau, c’est en effet de trouver une image qui résiste à toute explication et qui résiste en même temps à l’indifférence. » 1957

KASIMIR MALEVITCH :1878-1935, peintre suprématiste russe.
« La tâche n’est pas de rendre les objets, mais de faire un tableau… Toute forme réelle qui n’est pas créée par la force de la nécessité de la peinture est un acte de violence envers elle. »

« La lumière métallique de la modernité ne correspond pas à la lumière de la chandelle en suif du temps de Rubens ou de Rembrandt. »

« Au fait, qu’est-ce que la toile et que représente-t-on sur elle ? En analysant la toile, nous voyons au premier chef la fenêtre par laquelle nous découvrons la vie. La toile suprématiste reproduit l’espace blanc et non l’espace bleu. La cause est évidente : le bleu ne donne pas une idée réelle de l’infini. »

« Nos ateliers ne peignent plus de tableaux, ils bâtissent les formes de la vie ; ce ne seront plus les tableaux mais les projets qui deviendront des créatures vivantes. »

ANDRE MALRAUX : 1901-1976, écrivain, aventurier et homme politique français.
« Les artistes ne viennent pas de leur enfance mais naissent de la confrontation avec des maturités étrangères. »

« L’artiste loin de regarder le monde pour se soumettre à lui, le regarde donc pour le filtrer. »

« L’art ne délivre pas l’homme de n’être qu’un accident de l’univers. »

ETIENNE-JULES MAREY : 1830-1904, physiologiste et pionnier de la photographie, un des inventeurs de la Chronophotographie
« L’art et la science se rencontrent quand ils recherchent l’exactitude. »

FILIPPO TOMMASO MARINETTI : 1876-1944, écrivain italien, chef de file du mouvement futuriste.
« Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse… Une automobile mugissante, qui a l’air de courir sur la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace. » (Manifeste de 1909).

« Le futurisme est un continuel effort pour dépasser les lois de l’art et l’art lui-même à travers quelque chose d’imprévu qu’on pourrait appeler vie-art-éphémère. »

« Il est stupide de vouloir tout expliquer et entièrement, avec une précision logique, dans toutes les causes et dans tous les effets, parce que la réalité palpite autour de nous, nous bombarde des discordances de fragments interconnectés, assemblés à tenons et mortaises, embrouillée, mélangés, chaotiques (…) . Dans la vie quotidienne, nous ne sommes en général confrontés qu’à des éclairs d’argumentation, rendus momentanés par notre expérience moderne (…) et qui restent dans nos esprits comme une symphonie fragmentaire et dynamique de gestes, de mots, de lumières et de sons (…).
in Futurist Manifesto, Le théâtre futuriste synthétique, 1915 par MARINETTI, SETTIMELI (Emilio), CORRA (Bruno).

JEAN-HUBERT MARTIN : conservateur et commissaire d’exposition.
« Hautement morale sous le masque de la complaisance, l’œuvre d’Andy Warhol, à l’instar de celle de Duchamp qu’il admirait, se sera parée de maquillage et de paillettes, avec la seule obsession que, dans l’instant de l’aveuglement, elle contribue à nous rendre lucides. »
in Avant propos au catalogue de Andy Warhol : rétrospective ; éd. Centre Georges Pompidou, Paris, 1990.

KARL MARX : 1818-1883, philosophe, économiste, théoricien socialiste et communiste allemand.
« Il n’y a pas d’histoire de l’art. »

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer. » (in Thèses sur Feuerbach).

MASS HYSTERIA : groupe brestois métal fondé en 1995
« Une personne qui ne fait rien est une personne en danger. »

ANDRE MASSON : 1896-1987, peintre français, apparenté au Surréalisme.
« Il n’y a ni formes ni objets. Il n’y a que des événements _ des surgissements _ des apparitions. »

GORDON MATTA CLARK : 1943-1978, artiste plasticien américain
« Nos intentions par rapport à l’anarchitecture étaient beaucoup plus intangibles que de faire des pièces qui démontreraient une prise de position autre par rapport aux bâtiments, ou plutôt face aux attitudes qui déterminent le remplissage de l’espace utilisable. Nous étions plus préoccupés par des vides métaphoriques, des trouées, des terrains vagues, des lieux non exploités. Par exemple, les endroits où vous vous arrêtez pour relacer votre chaussure, et qui ne sont que des interruptions dans le cours de vos mouvements de tous les jours. » (à propos de son concept d’anarchitecture.)

HENRI MATISSE : 1869-1954, peintre, dessinateur et sculpteur français, apparneté au fauvisme.
« Je voudrais vivre comme un moine dans une cellule pourvu que j’ai de quoi peindre sans soucis ni dérangement. » 1939.

« J’ai fait corps avec la peinture comme une bête avec ce qu’elle aime. » 1942.

« Derain me disait un jour : Pour vous, faire un tableau, c’est comme si vous risquiez votre vie… Je n’ai jamais commencé une toile sans avoir le trac. » 1929.

« Je sens très fortement le lien qui unit mes toiles les plus récentes à celles que j’ai peintes autrefois. Cependant, je ne pense pas exactement ce que je pensais hier. »

« Ce que je poursuis par-dessus tout, c’est l’expression. »

« Il ne m’est pas possibles de copier servilement la nature, que je suis forcé d’interpréter et de soumettre à l’esprit di tableau. »

« Ce qui m’intéresse la plus, ce n’est ni la nature morte, ni le paysage, c’est la figure. C’est elle qui me permet le mieux d’exprimer le mieux le sentiment pour ainsi dire religieux que je possède de la vie. »

« Ce que je rêve, c’est un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant, qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l’homme d’affaires aussi bien que pour l’artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d’analogue à un bon fauteuil qui le délasse de ses fatigues physiques. »

« Les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux au peintre de s’exprimer. »

« Ordonner un chaos voilà la création. Et si le but de l’artiste est de créer, il faut un ordre dont l’instinct sera la mesure. »

« Je n’ai jamais évité l’influence des autres. J’aurai considéré cela comme une lâcheté et un manque de sincérité vis-à-vis de moi-même. Je crois que la personnalité de l’artiste se développe, s’affirme par les luttes qu’elle a à subir contre d’autres personnalités. »

« Les détails, le peintre n’a plus à s’en préoccuper, la photographie est là pour rendre cent fois mieux et plus vite la multitude des détails. La plastique donnera l’émotion le plus directement possible et par les moyens les plus simples. »

« La photographies devrait enregistrer et nous fournir des documents. »

« Le mécanisme de la construction consiste à établir les oppositions qui créent l’équilibre des directions. »

« Si l’on conçoit un œuf en tant que forme, une faille ne l’affectera pas ; mais s’il est conçu en tant que contour, il en souffrira certainement. »

« N’oubliez pas qu’une ligne ne traduit rien ; ce n’est qu’en rapport avec une autre qu’elle crée un volume. »

« Dessiner est comme de faire un geste expressif avec l’avantage de la permanence. »

« Un dessin est une sculpture, mais il a l’avantage de pouvoir être regardé d’assez prés pour que l’on y distingue des suggestions de forme que la sculpture, faite pour porter à distance, doit exprimer beaucoup plus catégoriquement. »

« Plus la sculpture est petite plus l’essentiel de la forme doit s’imposer. »

« J’ai fait de la sculpture parce que ce qui m’intéressait dans la peinture, c’était de mettre de l’ordre dans mon cerveau. Je changeais de moyen, je prenais la terre pour me reposer de la peinture dans laquelle j’avais fait absolument tout ce que je pouvais pour le moment. Ça veut dire que c’était toujours pour organiser. C’était pour organiser mes sensations, pour chercher une méthode qui me convienne absolument. Quand je l’avais trouvée en sculpture, ça me servait pour la peinture. C’était toujours en vue d’une possession de mon cerveau, d’une espèce de hiérarchie de toutes mes sensations qui m’aurait permis de conclure. »

« Il faut s’arrêter de temps à autre pour considérer le sujet (modèle, paysage, etc.) dans son ensemble. Ce que vous poursuivez avant tout, c’est l’unité. »

« L’art ne saurait être retardé par le poids mort du public. »

« Un peintre ne doit pas être un homme d’argent ; le culte de son art doit primer. »

« Je décidai de m’accorder un délai d’un an pendant lequel je voulais, répudiant tout entrave, peindre comme je l’entendais. Je ne travaillais plus que pour moi. J’étais sauvé. Bientôt me vint, comme une révélation, l’amour des matériaux pour eux-mêmes. Je sentis se développer en moi la passion de la couleur. »

« Pour ma part, chaque fois que je me trouve devant ma toile, il me semble que c’est la première fois que je peins. »

« Ne pas être assez robuste pour supporter une influence est une preuve d’impuissance. »

« Une toile peinte à l’huile doit être entourée d’une bordure dorée et quand la peinture est bonne, elle est, voyez-vous, encore beaucoup plus riche que l’or. »

« On aime moins ses tableaux quand ils valent quelque chose que quand ils ne valent rien ; alors c’est comme des enfants malheureux. » 1942.

« Il y a tant de choses en art, à commencer par l’art lui-même, que l’on ne comprend pas. Un peintre ne voit pas tout ce qu’il a mis dans le tableau qu’il a fait ; ce sont les autres qui découvrent un à un ces trésors, et plus une peinture est riche en surprises de ce genre, en trésor, plus son auteur est grand. »

« Quand je mets un vert, ça ne veut pas dire de l’herbe, quand je mets un bleu, ça ne veut pas dire du ciel. » 1942.

« Je ne crois pas à l’art de propagande. Il n’est pas nécessaire à l’artiste de s’associer à la lutte des classes ou de chercher à l’interpréter. Je me tiens autant que possible en dehors de la politique. La mission de l’artiste est assez importante pour qu’il ne se préoccupe que de son art. Je sais. Delacroix a fait des tableaux en 1848. Les révolutions peuvent quelquefois servir, mais il faut malgré tout se tenir absolument en dehors de la politique. On peut avoir des idées libérales, mais l’artiste n’a pas le droit de perdre le temps précieux dont il dispose pour s’exprimer… Mais avec ça, je n’ai jamais voté. »

« La seule chose qu’on doit demander au peintre, c’est d’exprimer clairement ses intentions. Sa pensée y gagnera. »

« La vue de la réalité immédiate, matérielle, est beaucoup plus pauvre que la réalité totale que nous connaissons après beaucoup d’années. C’est comme le Christ de Tissot : il l’a représenté en Arabe, parce qu’il était allé voir les Arabes en Palestine. Mais ça n’est rien du tout, ce n’est pas le Christ du tout : le Christ, c’est tout ce que les siècles en ont fait ; et pourtant dans la réalité le Christ a pourtant été exactement cet Arabe qu’a vu Tissot… mais cela n’est rien. »

« La plupart des peintres ont besoin du contact directs des objets pour sentir qu’ils existent et ils ne peuvent les reproduire que sous leurs conditions strictement physiques. Ils cherchent une lumière extérieure pour voir clair en eux-mêmes. Tandis que l’artiste ou le poète possèdent une lumière intérieure qui transforme les objets pour en faire un mode nouveau, sensible, organisé, un monde vivant qui est en lui-même le signe infaillible de la divinité, du reflet de la divinité. »

« C’était une époque où nous ne nous sentions pas emprisonnés dans des uniformes, et ce que l’on pouvait découvrir d’audace et de liberté dans le tableau d’un ami appartenait à tous. »

« La rêverie d’un homme qui a voyagé est autrement plus riche que celle d’un homme qui n’a jamais voyagé. »

« Quand j’ai fait mon voyage en Océanie, j’avais acheté un appareil photographique extrêmement perfectionné. Mais quand j’ai vu toute cette beauté, je me suis dit : je ne vais tout de même pas réduire toute cette beauté à cette petite image. Ça ne serait pas la peine. J’aime mieux la garder en moi. Parce que, après quelques années, je n’aurais plus eu que ça, tout serait remplacé, limité à ce petit document. »

« Dessiner, c’est préciser une idée. Le dessin est la précision de la pensée. Par le dessin les sentiments et l’âme du peintre passent sans difficulté dans l’esprit du spectateur. Une œuvre sans dessin est une œuvre sans charpente. » 1949.

« Avant tout, je ne crée pas une femme, je fais un tableau. »

« Le chinois a dit qu’il fallait s’élever avec l’arbre. Je ne connais rien de plus vrai. »

« L’importance d’un artiste se mesure à le quantité de nouveaux signes qu’il aura introduits dans le langage plastique. »

« Vous voulez faire de la peinture ? Avant tout, il faut vous couper la langue, parce que votre décision vous enlève le droit de vous exprimer autrement qu’avec vos pinceaux. » Matisse à ses jeunes étudiants.

« Pour aboutir à une traduction directe et pure de l’émotion, il faut posséder intimement tous les moyens, avoir éprouvé leur réelle efficacité. Les jeunes artistes n’ont pas à craindre de faire des faux pas. La peinture n’est-elle pas une incessante exploration en même temps que la plus bouleversante des aventures. »

« L’apport personnel de l’artiste se mesure toujours à la façon dont il crée sa matière et plus encore à la qualité de ses rapports. »

« Dire que la couleur est devenus expressive, c’est faire son histoire. Pendant longtemps, elle ne fut qu’un complément du dessin. Raphaël, Mantegna ou Dürer, comme tous les peintres de la Renaissance, construisent par le dessin et ajoutent ensuite la couleur locale. Au contraire, les Primitifs italiens et surtout les orientaux avaient fait de la couleur un moyen d’expression. L’on eut quelque raison de baptiser Ingres un chinois ignoré à Paris, puisque le premier il va utiliser les couleurs franches, les limiter sans les dénaturer. »

« Moi, je crois que le dessin et peinture disent la même chose. Le dessin est une peinture faite avec des moyens réduits… Mais la peinture est évidemment une chose plus nourrie et dont l’action sur l’esprit est plus forte. »

« Que les moyens employés par les peintres soient happés par la mode, par les grands magasins, ils perdent aussitôt leur signification. Ils ne disposent plus d’aucun pouvoir sur l’esprit. Leur influence ne fait que modifier l’apparence des choses ; on change seulement de nuances. »

« Le dessin est tout de même la femelle et la peinture le mâle. »

« Le noir est une couleur. »

« Je ne fais pas de différence entre la construction d’un livre et celle d’un tableau et je vais toujours du simple au composé, mais toujours prêt à reconcevoir dans le simple. »

« La main n’est que le prolongement de la sensibilité et de l’intelligence. Plus elle est souple, plus elle est obéissante. Il ne faut pas que la servante devienne maîtresse. »

« Trouver la joie dans le ciel, dans les arbres, dans les fleurs. Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir. »

« L’intérêt est certainement _ comme dans la peinture en général _ de donner avec une surface très limitée, l’idée de l’immensité. »

« Mon travail consiste à m’imbiber des choses. Et après ça ressort. » (3 février 1949).

« Je suis fait de tout ce que j’ai vu. »

« Le travail guérit de tout. »

« Toute ma vie, ma seule force a été ma sincérité. »

« Le sentiment n’est ennemi que lorsqu’on ne sait pas l’exprimer. Et il faut l’exprimer tout entier. Si l’on ne cherche pas à aller jusqu’au bout, on n’arrive qu’à des a peu prés. Un artiste c’est un explorateur. Qu’il commence par se chercher, se voir agir. Ensuite, ne pas se contraindre. Surtout ne pas se satisfaire facilement. »

« Je dessine un sujet encore et encore jusqu’à ce que je le sente réellement en moi. » Matisse peut alors ensuite dessiner les yeux bandés.

« Lorsqu’on imite un maître, le métier de celui-ci garotte l’imitateur et forme autour de lui une barrière qui le paralyse. »

« _Quels conseils donneriez vous aux jeunes peintres ?
_De beaucoup dessiner et de ne pas réfléchir trop. »

« _Quelle direction, selon vous, l’art moderne va-t-il prendre ?
_La lumière. »

« Créer, c’est le propre de l’artiste ; _ où il n’y a pas création, l’art n’existe pas. Mais on se tromperait si l’on attribuait ce pouvoir créateur à un don inné. En matière d’art, le créateur authentique n’est pas seulement un être doué, c’est un homme qui a su ordonner en vue de leur fin tout un faisceau d’activités, dont l’œuvre d’art est le résultat. »

« Voir, c’est déjà une opération créatrice, et qui exige un effort. »

Toutes citations précédentes tirées d’ « Ecrits et propos sur l’art », éditions Hermann.

ANA MENDIETA : 1948-1985, artiste plasticienne d’origine cubaine.
« Il n’est pas tant question d’un paradis perdu que du vide de cette terre originaire, orpheline et sans nom de baptême, et du temps par quoi elle nous toise. Il y a par-dessus tout une quête de l’origine. »

FLORENCE DE MEREDIEU : philosophe contemporaine et maître de conférence en science de l’art.
« Avec la sculpture sociale, l’art devient action… Les matériaux sont utilisés pour leur valeur symbolique mais aussi comme vecteurs et conducteurs d’énergie, pour leurs propriétés caloriques isolantes et pour leur pouvoir de transformation au sein d’actes culturels. »

« La mixité des matériaux est devenue une des caractéristiques de la modernité. »

« Expression conjointe du chaos et d’un ordre habitant et intégrant ce chaos, le son est au temps ce que le mouvement est à l’espace, un principe d’organisation et de désorganisation. »

MAURICE MERLEAU-PONTY : 1908-1961, philosophe français.
« Les objets de la peinture moderne saignent, ils répandent sous nos yeux leur substance… »

« Cézanne ne veut pas séparer les choses fixes qui apparaissent sous notre regard et leur manière fuyante d’apparaître. Il veut peindre la matière en train de se donner forme, l’ordre naissant par une organisation spontanée. »

MARIO MERZ : 1925-2003, artiste plasticien italien, apparenté à l’Arte Povera
« Quelque part au cœur de cet univers de formes circulaires et sphériques, l’homme est là : entre microcosme et macrocosme, le très grand et le très petit, entre l’atome et la distance qui nous sépare des étoiles. Nous sommes entre deux énigmes. »

ANETTE MESSAGER : artiste plasticienne française, née en 1943.
« Les « vrais » photographes d’aujourd’hui jouent sur la pièce unique, ils singent les peintres. Ce qui m’intéresse dans la photographie, ce n’est pas le grain, le piqué, les effets strictement photographiques, mais cette formidable possibilité de répéter à l’infini une même image. En ce sens, WARHOL est notre maître à tous. »

« (…), moi, volontairement, je joue à jouer le jeu ; aucune dénonciation directe, frontale, je préfère les souterrains, les recoins obscurs, les méandres et me servir de tous ces éléments traditionnels de notre vie, de notre culture, de notre histoire. »

« Tout ce que je fais est contre l’unique et la pureté ; le trop ne met rien en valeur, tout se perd dans la quantité. »

« Je me suis toujours intéressée aux arts dévalués. En tant que femme, j’étais déjà une artiste dévaluée. Faisant partie d’une minorité, je suis attirée par les valeurs et les objets mineurs… De là sans doute mon goût pour l’art populaire, les proverbes, l’art brut, les sentences, les contes de fées, l’art du quotidien, les broderies et le cinéma… La photographie est d’ailleurs un art dévalué, dévalorisé par rapport à la peinture… Les minorités deviennent fortes justement quand elles se servent de leurs propres atouts, sans essayer d’imiter ceux de la majorité. »

HENRI MICHAUX : 1899-1984, écrivain, poète et peintre d’origine belge.
« Le petit tas colorant qui se désamorce en infimes particules, ces passages et non l’arrêt final, le tableau, voilà ce que j’aime. En somme, c’est le cinéma que j’apprécie le plus dans la peinture. »

« Il suffit d’être l’élu, d’avoir gardé soi-même la conscience de vivre dans un monde d’énigmes, auquel c’est en énigmes qu’il convient le mieux de répondre. »
in Aventures de lignes.

YAN PEI MING : peintre d’origine chinoise, né en 1960
« Les vraies peintures sont celles qui sont à la fois totalement ressemblantes et totalement non ressemblantes. » (citant le peintre Huan Bin Hong 1864-1955).

« Je vois mon travail comme un travail pour toute la vie : peindre des têtes. »

« Je crois qu’il faut toujours trahir ses propres décisions, ses propres envies. En peinture, la trahison joue un rôle majeur. Sans trahison, il n’y a pas d’ouverture. »

« Quand on me demande comment je peins, je réponds : comme si je faisais la guerre. En fait, je peins de manière violente et énergique pour finir plus rapidement. »

« Lorsque je peins, la figure évolue en même temps que la peinture. Je pars de formes abstraites, de taches, de coup de pinceaux qui s’organisent pour laisser apparaître un visage. »

JOAN MIRO : 1893-1983, peintre, sculpteur et créamiste catalan
« S’il s’agit d’un dessin, je froisse la feuille, je la mouille. L’eau qui coule trace une forme. C’est la matière qui commande tout. J’attache trop d’importance au choc initial. »

« Et que partout on trouve le soleil, un brin d’herbe, les spirales de la libellule. Le courage consiste à rester chez soi, près de la nature qui ne tient aucun compte de nos désastres. Chaque grain de poussière possède une âme merveilleuse. Mais pour la comprendre, il faut retrouver le sens religieux et magique des choses, celui des peuples primitifs. »

LASZLO MOHOLY NAGY : 1895-1946, peintre, photographe et théoricien de la photographie américain d’origine hongroise, préfigure l’art cinétique.
« Ecran de projection, surface plane et blanche, écran idéal pour les effets d’ombre et de lumière. » (à propos du « Carré blanc sur fond blanc » de MALEVITCH).

« L’écran rectangulaire de nos salles de cinéma n’est rien d’autre qu’un substitut du chevalet ou de la peinture murale. »

PIET MONDRIAN : 1872-1944, peintre néerlandais, pionnier de l’abstraction.
« L’artiste vraiment moderne ressent consciemment l’abstraction dans uns émotion de beauté, il reconnaît consciemment que l’émotion du beau est cosmique, universelle. Cette reconnaissance consciente a pour corollaire la plastique abstraite, l’homme adhérent uniquement à ce qui est universel. »

« Nous arriverons, dans un avenir peut-être lointain, vers l’abolition de l’art coupé de notre environnement, qui est la véritable réalité plastique. Mais cette fin est en même temps un nouveau commencement. L’art ne fera pas que continuer ; il s’accomplira de plus en plus. Une nouvelle réalité plastique découlera de l’unification de l’architecture, de la sculpture, de la peinture. »

« Je pense que l’être humain ordinaire recherche la beauté ordinaire dans la vie matérielle mais selon moi l’artiste ne devrait pas le faire. Il ne devrait rien attendre du monde matériel : il doit être seul et lutter seul. Sa création doit se situer à un niveau immatériel : celui de l’intellect. »

« L’homme artiste est féminin et masculin à la fois : par conséquent, il n’a pas besoin d’avoir une femme. L’artiste femme n’est jamais complètement artiste, donc on ne peut pas dire qu’elle n’a pas besoin d’homme. »

« L’artiste émettant donc à la fois le principe masculin et le principe féminin, et ne représentant pas la nature directement, il s’ensuit que l’œuvre d’art est plus que nature. »

THEODORE MONOD : 1902-2000, scientifique naturaliste et explorateur français.
« Je n’ai jamais séparé ma vie quotidienne du sentiment de l’infini, que ce soit au désert ou dans la cité. »

« L’homme c’est autre chose qu’un matricule, c’est autre chose qu’une carte d’électeur, c’est autre chose qu’un tube digestif, etc.… c’est plus vaste, alors il faudrait peut être penser aussi à l’homme complet… on parle toujours du Produit National Brut… mais qui pense au Bonheur International Brut ? »

« Le refus de l’ignorance, la volonté de savoir, d’expliquer sont, je crois, l’honneur de l’esprit humain dans tous les domaines. »

« Je dis on entre au Sahara comme on entre en religion. On accède à un domaine très particulier et qui mérite un certain respect. »

GUSTAVE MOREAU : 1826-1898, peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et enseignant français.
« Ne vous contentez pas d’aller au musée, descendez dans la rue. » (à ses élèves et rapporté par Henri Matisse).

« Vous allez simplifiez la peinture ». (à Henri Matisse)
« Vous n’allez pas simplifiez la peinture à ce point là, la réduire à ça ! La peinture n’existerait plus. _et puis il revient et il me dit : Ne m’écoutez pas. Ce que vous faites est plus important que tout ce que je vous dis. Je ne suis qu’un professeur, je ne comprends rien. »
in Ecrits et propos sur l’art d’Henri Matisse.

ROBERT MORRIS : artiste conceptuel américain, né en 1931, figure importante du minnimalisme
« L’art érode tout ce qui tente de le contenir et de l’utiliser, et s’infiltre inexorablement dans les recoins les plus opposés, atteint les émotions les plus refoulées et supporte la contradiction sans aucun effort. »

HARUKI MURAKAMI : écrivain japonais, né en 1949.
« Réussir à bien jouer les sonates de Franz Schubert est une des choses les plus difficiles au monde. Spécialement cette Sonate en fa mineur. Certains pianistes arrivent à jouer presque parfaitement un ou deux mouvements, mais, si on considère l’ensemble des quatre mouvements, il n’y a, à ma connaissance, aucun pianiste au monde capable de les exécuter en entier de manière satisfaisante. De nombreux virtuoses ont essayé de relever ce défi, mais leurs interprétations ont chacune des défauts notables. Il n’y a pas une seule interprétation dont on puisse dire : « Ah, là, c’est parfait ! » Et sais-tu pourquoi ?
_ Je ne sais pas, dis-je.
_ Parce que les sonates elles-mêmes sont imparfaites. Robert Schumann était un de ceux qui comprenaient le mieux la musique pour piano de Schubert, mais il disait de la sonate que tu entends qu’elle était « divinement bavarde ».
_ Pourquoi des pianistes célèbres se donnent-ils pour défi de jouer une musique imparfaite ?
_ C’est une bonne question, dit Oshima. (Il marque une pause, pendant laquelle la musique emplit le silence.) Je suis incapable de t’expliquer cela en détail. Mais je peux te dire une chose : les œuvres qui possèdent une sorte d’imperfection sont celles qui parlent le plus à nos cœurs, précisément parce qu’elles sont imparfaites. Toi, par exemple, tu as aimé Le Mineur de Sôseki. Parce que ce roman possède une force d’attraction dont sont dépourvues ses œuvres parfaites telles que Le Pauvre Cœur des hommes ou Sanshirô. Tu as rencontré cette œuvre. Ou plutôt, c’est elle qui t’a rencontrée. C’est la même chose pour la Sonate en fa mineur. Ces œuvres ont le don de parler au cœur comme aucune autre.
_ Mais je reviens à ma première question ; pourquoi écoutez-vous les sonates de Schubert en conduisant ?
_ Les sonates de Schubert et spécialement celle-ci, si on les interprète telles quelles, ce n’est pas de l’art. Schumann l’a bien indiqué : elles sont trop longues, trop pastorales et trop simples techniquement. Si on les joue telles quelles, elles deviennent juste des antiquités plates et insipides. Aussi chaque pianiste essaie-t-il d’y insuffler quelque chose de personnel. Comme là... »
in Kafka sur le rivage, 10/18, éd. Belfond, p.149.

« _ Croyez-vous que Mlle Saeki comprenait ce que ces mots signifiaient ?
Oshima lève la tête, tend l’oreille aux coups de tonnerre lointains comme pour mesurer à quelle distance a éclaté l’orage. Puis il me regarde et secoue la tête.
_ Pas forcément. Le symbolisme et la signification ne sont pas la même chose. Elle a sans doute réussi à trouver les mots justes en outrepassant le sens ou la logique. Elle a saisi au vol les mots comme on attrape délicatement les ailes d’un papillon voletant autour de soi. Les artistes ont le droit de ne pas se montrer trop prolixes.
_ Vous voulez dire que Mlle Saeki aurait trouvé ces mots dans un autre espace, dans celui d’un rêve par exemple ?
_ C’est plus ou moins le cas de tous les grands poèmes. Si les mots ne parviennent pas à se frayer un chemin prophétique, à traverser un tunnel les reliant à la conscience du lecteur, cela n’a plus grand-chose à voir avec un poème. »
in Kafka sur le rivage, 10/18, éd. Belfond, p.331.

« _ On pense que ce sont les habitants de la Mésopotamie antique qui ont eu les premiers l’idée du labyrinthe. Ils lisaient le futur dans les entrailles d’animaux – et sans doute parfois d’hommes – sacrifiés. Ils en observaient les dessins complexes qui leur permettaient d’interpréter l’avenir. A l’origine, la forme du labyrinthe s’est inspirée de celle des boyaux. Autrement dit, le principe du labyrinthe existe à l’intérieur de toi. Et il correspond à un labyrinthe extérieur à toi.
_ C’est une métaphore ?
_ Exactement. Une métaphore a double sens. Ce qui est extérieur à toi, c’est la projection de ce qui est intérieur, et l’intérieur est la projection de l’extérieur. Souvent, quand tu mets le pied dans un labyrinthe extérieur, c’est que tu entres aussi dans un labyrinthe intérieur. Dans la plupart des cas, c’est très dangereux. »
in Kafka sur le rivage, 10/18, éd. Belfond, p.481.

« _ Adieu, Kafka Tamura, dit Mlle Saeki. Retourne d’où tu viens, et continue à vivre.
_ Mademoiselle Saeki !
_ Oui ?
_ Je ne sais pas très bien ce que cela signifie, vivre...
Elle éloigne ses mains de mon corps. Elle lève les yeux vers mon visage. Elle tend la main, pose un doigt sur mes lèvres.
_ Regarde le tableau, dit-elle calmement. Fais comme moi, regarde le tableau, sans cesse. »
in Kafka sur le rivage, 10/18, éd. Belfond, p.604.

« Je suis coincé entre deux néants. Je n’arrive plus à distinguer ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Je ne sais même plus ce que je veux. Je suis seul, au beau milieu d’une violente tempête de sable. Je ne vois plus rien devant moi, je ne peux plus avancer. Du sable blanc pareil à des os réduits en poussière tourbillonne autour de moi. La voix de Mlle Saeki me parvient, venue d’on ne sait où. « Il faut que tu retournes là-bas, dit-elle d’un ton ferme. Moi, je désire ta présence. »
Je suis délivré du sortilège. Je suis de nouveau moi-même. Un sang tiède se remet à circuler dans mes veines. Le sang qu’elle m’a donné. Les dernières gouttes de son sang. »
in Kafka sur le rivage, 10/18, éd. Belfond, p.606.

ROBERT MUSIL : 1880-1942, ingénieur et écrivain autrichien.
« Tout ce qui se prolonge perd le pouvoir de frapper ».
in Œuvres pré-posthumes, Seuil, 1965.