Publié : 11 février 2010

R, S et T

R

ARNULF RAINER : peintre, professeur et plasticien autrichien, né en 1929
« J’opère en peinture comme un chirurgien : je creuse les traits, je les vides, les bosselle ou j’en fais des réseaux d’énergies. »

MICHEL RAGON : artiste français, né en 1939.
« Un lieu ancien possède une mémoire, des formes identiques l’occupèrent. Comment finalement être fidèle sans nostalgie aucune et apporter sa culture contemporaine ? »

« Le jardin, ce n’est pas un travail, cela fait partie des choses que j’aime, et je n’arrive pas à être dans un endroit sans intervenir dans l’espace, sans m’investir poétiquement, sans rêver sur l’espace. Quand je suis en train de m’occuper ici, j’ai l’impression que j’irrigue mon cerveau, que je pense mieux l’art. Au fond, pour moi, être artiste, c’est rêver dans le chaos, dans ce monde détraqué. D’ici, je suis au balcon du monde, pris entre la nature et l’urbain. »

« A l’école d’horticulture, on m’avait appris à soigner les fleurs, mais pas à les empêcher de mourir. Je décidais d’éviter de nouvelles victimes en remplissant les pots de fleurs avec du ciment. »

ROBERT RAUSCHENBERG : 1925-2008, peintre, sculpteur, performer et plasticien américain, apparenté au Pop Art.
« La peinture est à la jonction de l’art et de la vie ; j’essaie d’agir dans la brèche qui les sépare. » 1964

« Je ne fais ni de l’Art pour l’Art, ni de l’Art contre l’Art. Je suis l’art, mais pour l’art qui n’a rien à voir avec l’Art. L’art a tout à voir avec la vie. »

« Le monde est une gigantesque peinture. »

« Si quelqu’un sait ce que quelque chose signifie alors la réalité et la responsabilité du spectateur meurent. Comprendre est une forme d’aveuglement. Le bon art, selon moi, ne doit jamais être compris. »

JULES RENARD : 1864-1910, écrivain français.
« N’importe quelle idée semble personnelle dès qu’on ne se rappelle plus à qui on l’a empruntée. »

RENAUD : auteur, compositeur et interprète français, né en 1952
« Vouloir trop plaire, c’est le plaisir des moches. »
(in La pêche à la ligne.)

PIERRE REVERDY : 1889-1960, poète français.
« On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. »

ARTHUR RIMBAUD : 1854-1891, poète français
« Je est un autre. » Lettre.

« La poésie ne rythmera plus l’action ; elle sera en avant. Ces poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme _ jusqu’ici abominable _ lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi. La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons. » in Lettre dit du Voyant.

PIPILOTTI RIST : artiste et vidéaste suisse, née en 1962.
« Les messages véhiculés sur le mode émotionnel et sensuel peuvent briser plus de préjugés et d’habitudes que des dizaines de pamphlets et de traités intellectuels. »

SOPHIE RISTELHUEBER : photographe et plasticienne française, née en 1949.
« La ligne de l’équateur : pour moi, c’est un globe terrestre dans une salle de classe, coupé en son milieu par le parallèle 0°.Comment photographier quelque chose d’aussi abstrait ? »

« J’ai cherché dans la nature un matériau et une situation qui, tout à la fois, me permettent de garder la distance analytique d’une leçon d’anatomie, et un investissement physique qui me donne l’impression, par l’effort même, de travailler ce matériau. C’est en montagne que j’ai trouvé ces conditions. »

PAUL ROSENBERG : 1881-1959, marchand d’art et galériste américain.
« La nouvelle peinture américaine n’est pas de l’art pur : ce n’est pas un souci esthétique qui lui a fait repousser l’objet. Rien ne devrait faire obstacle (pas même la figuration) à l’acte de peindre. »

EDMOND ROSTAND : 1868-1918, auteur dramatique français.
« Que dites-vous ?... C’est inutile ?... Je le sais.
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! Non ! C’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
Qu’est-ce que c’est que tous ceux là ? Vous êtes mille !
Ah ! Je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
Le mensonge ? Tiens, tiens ! _Ha ! Ha ! Les compromis.
Les préjugés, les Lâchetés !... Que je pactise ?
Jamais, jamais ! _Ha te voilà, toi, la Sottise !
_ Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas.
N’importe : je me bats ! Je me bats ! Je me bats !
Cyrano De Bergerac, acte 5, scène 6.

LUIGI RUSSOLO : 18858-1947, peintre et compositeur italien, acteur du mouvement Futuriste
« Aujourd’hui, l’art musical recherche les amalgames de sons les plus dissonants, les plus étranges et les plus stridents. Nous nous rapprochons ainsi du son-bruit. Cette évolution de la musique est parallèle à la multiplication des machines qui participent au travail humain. »

« Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer. Ce seront là des bruits qu’il nous faudra non pas simplement imiter, mais combiner au gré de notre fantaisie artistique. »
L’art des bruits, manifeste futuriste, in Le futurisme 1909-1916.

S

JACQUES HENRI BERNARDIN DE SAINT PIERRE :1737-1814, écrivain français.
« Le grand art d’émouvoir est d’opposer des objets sensibles aux intellectuels. » in Etudes de la nature.

NIKI DE SAINT PHALLE : 1930-2002, peintre, sculpteur, réalisatrice française.
« J’ai tué le tableau en lui tirant dessus, il renaît. »

« Les miroirs, c’est le mouvement, parce qu’on s’y reflète, ça bouge, ça vit. Jean (TINGUELY) a dit une fois que mes miroirs c’était ma manière à moi de bouger. On y voit le coucher du soleil et parfois je peux passer des heures à regarder les branches des arbres qui bougent dans les miroirs. »

« Je crois que très tôt je me suis vue dans la peau d’un héros avec toutes sortes de preuves donner, de ce dont j’étais capable. Mon goût pour le monumental vient de là. »

SAINT-POL ROUX : 1861-1940, poète symboliste français.
« L’univers est une catastrophe tranquille ; le poète démêle, cherche ce qui respire à peine sous les décombres et le ramène à la surface de la vie. » (in Les Reposoirs de la Procession).

JOSE SARAMAGO : écrivain et journaliste portugais, né en 1922, prix Nobel de littérature en 1998.
« J’ai plus de travail qu’il ne m’en faut ; Je fais le portrait de gens qui s’estiment assez pour les commander et les suspendre dans des entrées, des bureaux, des salons ou des salles de réunion. Je garantis leur durée, je n’en garantis pas l’art, ce qu’on ne me demande pas d’ailleurs, même si j’étais en mesure de le faire. Une ressemblance améliorée est tout ce qu’on attend de moi. Et comme nous sommes d’accord là-dessus, personne n’est déçu. Mais ce que je fais n’est pas de la peinture. » p11.

« Le peintre et le modèle sont toujours effrayés et ridicules face à la page blanche, l’un parce qu’il a peur de se voir accusé, l’autre parce qu’il sait qu’il ne sera jamais capable de formuler cette accusation, ou pis encore, se disant à lui-même avec la suffisance du démiurge castré qui se proclame viril qu’il ne le fera pas par simple indifférence ou parce qu’il a pitié du modèle. » p12.

« Je me plais à penser que je cultive un art mort grâce auquel par le biais de ma faillibilité, les gens croient fixer une certaine image agréable d’eux-mêmes, organisée en relations de certitudes, l’image d’une éternité qui ne commence pas seulement quand le portrait est terminé mais qui vient d’avant de toujours, comme une chose qui a toujours existé simplement parce qu’elle existe en cet instant, une éternité qui va vers le néant. » p12.

« L’homme aux yeux gris (du Titien) est inséparable de ce Titien qui l’a peint à un certain moment de sa vie personnelle. » p13.

« Je m’observe en train d’écrire comme je ne me suis jamais observé en train de peindre et je découvre tout ce que cet acte a de fascinant : dans la peinture, il vient toujours un moment où le tableau ne supporte pas un seul coup de pinceau de plus (mauvais ou bon, cela le rendrait pire), tandis que ces lignes peuvent se prolonger indéfiniment, alignant les fractions d’une addition qui ne sera jamais commencée mais qui,ainsi alignée, représente déjà un travail parfait, une œuvre définitive parce que connue. C’est surtout l’idée du prolongement à l’infini qui me fascine. Je pourrais écrire, jusqu’à la fin de ma vie, tandis que les tableaux, refermés sur eux-mêmes, repoussent. Ils sont isolés à l’intérieur de leur propre peau, ils sont autoritaires et ils sont eux aussi insolent. » p20.

« J’ai essayé de détruire cet homme quand je le peignais et je me suis aperçu que je ne sais pas détruire. » p23.

« Il y a une relation pacifique entre la peau que voit l’œil : qui sait si la cécité ne serait pas préférable à la vision très pénétrante du faucon installée dans des orbites humaines ? (…) Qu’a vu Œdipe quand il s’est aveuglé avec ses propres ongles ? » p30.

« Et moi qui ne laisse pas de lanterne et qui n’ai même pas appris à me laisser conduire par ma propre main, je me demande à quoi servent les yeux. »p50.

« Quand les poètes romantiques disaient (ou disent encore) que la femme est un sphinx, ils étaient dans le vrai, bénis soient-ils. La femme est le sphinx qu’elle doit être parce que l’homme s’est arrogé la maîtrise de la science, de tout le savoir, de tout le pouvoir. Mais la vanité de l’homme est telle qu’il a suffi à la femme d’ériger en silence les murailles de son refus total pour que lui, qui était couché dans leur ombre comme s’il était étendu dans la pénombre de paupières obéissantes, puisse dire avec conviction : « Il n’y a rien derrière ce mur. » p54.

« Mais, ce serait toujours une image, ce ne serait jamais la vérité. Et la grande erreur a été probablement de croire qu’il est possible de capter la vérité de l’extérieur, avec les seuls yeux, de supposer qu’il existe une vérité qui puisse être appréhendée à un instant donné et qui ensuite resterait tranquillement immobile comme même une statue ne l’est jamais, car elle se contracte et se dilate au gré de la température, elle se corrode avec le temps et modifie non seulement l’espace qui l’entoure, mais aussi, et subtilement, la composition du sol sur lequel elle repose, à cause des minuscules particules de marbre qui s’en détachent, comme nous les cheveux, les rognures d’ongle, la salive et les mots que nous disons. » p78.

« Celui qui peint un portrait se dépeint lui-même. Voilà pourquoi ce qui importe, c’est le peintre, pas le modèle, et le portrait n’a de valeur que dans la mesure où l’artiste est un bon peintre. Le Dr Gachet peint par Van Gogh est Van Gogh, pas Gachet, et les milles tenues (velours, plumes, colliers en or) dans lesquelles Rembrandt s’est peint sont de simples expédients pour faire croire que, en peignant une apparence différente, il peignait une autre personne. » p79.

« Un mois ne s’est pas écoulé depuis que j’ai commencé ce manuscrit et je n’ai pas l’impression d’être aujourd’hui celui que j’étais alors. Parce que j’ai ajouté trente jours à mon temps de vie ? Non. Mais parce que j’ai écrit. » p80.

« L’acheteur de cartes postales. Ce sont des personnes timides, craintives, écrasées d’avance par les nefs des cathédrales qui sont comme des ciels envahis d’ombres ou par les grandes salles où logent les énigmes. Elles viennent d’arriver, elles vont se soumettre à la grande épreuve, à l’interrogation du sphinx, au défi du labyrinthe, et comme elles proviennent d’un monde ordonné qui place partout des panneaux de signalisation, des sens interdits, des limites de vitesse, elles se sentent perdues dans ce nouveau royaume où il y a une liberté à conquérir : celle connue vulgairement sous le nom d’œuvre d’art.
Elles se précipite alors sur les tourniquets où des cartes postales, par dizaine, disciplinent le torrent momentanément freiné. La carte postale illustrée, entre les mains du voyageur perplexe, est une surface facile à parcourir, qui s’offre d’un coup à l’œil, où tout se réduit à la dimension minime de la main inerte. Car l’œuvre véritable qui attend à l’intérieur, même quand elle n’est pas plus grande, est protégée des regards ineptes par le filet invisible que les mains du peintre ou du sculpteur ont tendu pendant qu’elles inventaient laborieusement les gestes de sa naissance. » p141.

« Quelle que soit la quantité d’années que l’avenir réserve à chacun d’entre nous, rien n’est plus grand que notre préhistoire infinie. » p169.

« Prenons donc ce qu’on appelle un mètre de charpentier. Il est formé de dix règles de dix centimètres (ou de cinq, de vingt ?) attachées les unes aux autres et se présente plié, et donc projet juste, mais mesure erronée. Il faut le déplier, l’étendre sur sa longueur afin qu’il prenne sa vraie dimension. Je pense qu’il faut faire de même avec les hommes, ou il faut qu’ils se soumettent eux-mêmes à cette opération. Nous naissons repliés, règles à peine juxtaposées, et nous sommes comprimés, resserrés. Nous avons trois mètres en nous et des comportements qui ne dépassent pas la largeur de la main. » p190.

« Une porte est en même temps l’ouverture est l’objet qui la ferme. Dans les romans et dans la vie, les gens et les personnages passent une partie de leur temps à entrer où à sortir de maisons et d’autres lieux. C’est un acte banal, pense t’on, un mouvement qui n’est pas remarqué d’habitude, ni particulièrement consigné. A ma connaissance, seul le plus littéraire des peintres (Magritte) a observé la porte et le paysage à travers elle avec des yeux étonnés et peut-être inquiets. Les portes de Magritte, ouvertes ou entrouvertes, ne garantissent pas que de l’autre côté ce trouve encore ce que nous y avons laissé. » p237.

« Bref, mon tableau (tout comme pour de bonnes raisons, mon manuscrit) ne récusera pas ce qu’il copie, il le rendra explicite. Il s’agit donc d’une vérification. Toute œuvre d’art, fût-elle aussi dépourvue de mérite que la mienne, doit être une vérification. » p269.
(Toutes citations précédentes tirées de Manuel de peinture et de calligraphie, roman, 1983).

« Contrairement à ce que l’on croit généralement, sens et signification n’ont jamais été la même chose, la signification saute immédiatement aux yeux, elle est directe, littérale, explicite, fermée sur elle-même, pour ainsi dire univoque, tandis que le sens est incapable de rester tranquille, il fourmille de sens seconds, tiers et quarts, aux directions irradiantes qui se divisent et subdivisent à perte de vue en rameaux et ramilles, le sens de chaque mot ressemble à une étoile qui projette les marées vives dans tout l’espace, des vents cosmiques, des perturbations magnétiques, des malheurs. » p131.
(Citation précédente tirée de Tous les noms, roman, 1997).

JEAN-PAUL SARTRE : 1905-1980, philosophe et écrivain français
« Le génie n’est pas un don mais l’issue qu’on invente dans les cas désespérés. »
_à propos de Jean Genet.
« Le réel n’est jamais beau. »

« Pour désirer une femme, il faudra oublier qu’elle est belle, car le désir est une plongée au cœur de l’existence dans ce qu’elle a de plus contingent et de plus absurde. »

JEAN LOUIS SCHEFER : écrivain, philosophe, critique d’art et théoricien du cinéma et de l’image, né en 1938
« D’un mot, je reste sensible à quelque chose de très simple : c’est que la possibilité créatrice, inventive, dépend de la faillibilité du vivant et que la force, le pouvoir créateur sont une espèce de proportion dans la fragilité de l’homme. » (in technologies et imaginaires).

JULIAN SCHNABEL : peintre et cinéaste américain, né en 1951
« Peindre est une façon très primitive d’agir : manipuler ces matériaux, mettre un peu de couleur ici, un peu là, regarder. Je ne suis pas certain que l’auteur de ces gestes soit toujours présent. Une atmosphère, une qualité de l’être est véhiculée par les objets. »

KURT SCHWITTERS : 1887-1948, peintre et poète allemand, membre du mouvement Dada
« Le tableau est fini quand vous ne pouvez enlever ou ajouter quelque chose sans déranger le rythme présent. »

« L’art ne veut ni influencer ni agir, mais libérer, de la vie, de toutes les choses qui accablent l’homme, comme les luttes nationales, politiques ou économiques. L’art veut l’homme pur, dégagé de l’emprise de l’Etat, du parti et des soucis alimentaires. »

« Construire un nouveau monde avec des débris. »

« La déformulation des matériaux s’opère dès leur disposition sur la surface. »

ALAIN SECHAS : artiste plasticien français né en 1955.
« Un dessin, c’est une idée restée en germe. Pour communiquer cette idée, il faut la greffer sur un mode de représentation charnel. L’œuvre doit être une sorte de double charnel, à deux doigts d’être vivant. »

« Mon intention est toujours de créer une confrontation directe entre l’œuvre et le spectateur. J’essaie de mettre le spectateur dans l’impossibilité de prendre de la distance afin de le responsabiliser. »

« Je considère que l’on ne peut rien critiquer avec les formes du passé. » (in ART PRESS 212).

ANDRES SERRANO : photographe américain, né en 1950.
« Dans mon oeuvre, je suis toujours à la recherche de l’inhabituel, ou du moins ce qui n’est pas traditionnellement considéré comme beau. Dans mon œuvre, je tâche de trouver le normal dans l’étrange et vice versa. »

GEORGE SEGAL : 1924-2000, sculpteur et plasticien américain.
« Mais par quel bout fallait-il que je me prenne moi-même ? Je n’arrêtais pas de faire la navette entre une ferme d’élevage de poules dans le New Jersey et le centre de New York. Les poulaillers ressemblaient à une caricature cauchemardesque de la ville : des rangées de niches en bois brun, des vieilles portes de meublés, des fientes brunâtres et visqueuses sur le sol et la bourrasque hystérique des battements d’ailes blanches. Les trajets en train, les immeubles de la ville, tout ça était gris, et on aurait dit que les seules couleurs étaient celles de la lumière électrique et des lampes de néons. »
(Extrait d’un article de George Segal sur Pollock, 1966).

« Dans mon souvenir, ma vie est inséparable des objets. Je regarde les objets sous un jour plastique (puisque c’est le terme qui convient), esthétique, et pour la forme qu’ils représentent. Et les rapports qui existent (ou n’existent pas) entre les gens et ces formes, est quelque chose qui m’intrigue… A condition qu’il y ait eu une relation émotionnelle très vivace entre moi et la personne, ou moi et l’objet, ou moi et les deux à la fois, et dans ce cas seulement, je l’intègre dans mon œuvre. »
(George Segal, extrait de l’article de Robert Pincus- Witten, 1972).

« Il y a chez les gens des attitudes enfermées dans leurs corps et qu’il faut attraper… Il arrive que des gens ne révèlent rien sur eux-mêmes et que, tout à coup, ils fassent un geste qui contient toute une autobiographie. »

« En général, je fais de la sculpture avec des gens que je connais très bien et dans des situations où j’ai l’habitude de les voir. Qu’il faille pour ça un bloc-cuisine un autre endroit dans la maison ou n’importe quel endroit où j’ai l’habitude d’aller : des postes à essence, des arrêts d’autobus, des rues, des bâtiments de ferme, dans tous les cas, il faut que ce soit en rapport avec ce que je connais. C’est dans ce cadre là que je vis… Pour moi, tout ça constitue un énorme réservoir de matière artistique… »

CINDY SHERMAN : photographe et plasticienne américaine, née en 1954.
« Bien que je n’aie jamais considéré mon œuvre comme féministe ou comme une déclaration politique, il est certain que tout ce qui s’y trouve a été dessiné à partir de mes observations en tant que femme dans cette culture. »

DANIEL SIBONY : écrivain, psychanalyste et philosophe français, né en 1942
« Habiter un espace, c’est le prendre pour corps ».

DAVID SIQUEIROS : 1896-1974, peintre et muraliste mexicain
« Nous qui sommes de ceux qui exigent la disparition d’un système anachronique et inhumain, dans lequel, toi, le travailleur des champs, tu produis des aliments pour le ventre des gardes chiourmes et des politiciens pendant que tu meurs de faim ; [...] et toi, soldat indien, tu abandonnes héroïquement la terre que tu travailles et tu offres jour après jour ta vie pour mettre fin à la misère qui s’est abattue sur ta race depuis des siècles. Non seulement le travail noble, mais encore la moindre expression de la vie spirituelle et physique de notre race provient des natifs, surtout des Indiens. Ils ont un talent extraordinaire pour créer la beauté : l’art du peuple mexicain est la plus saine expression spirituelle du monde, et sa tradition est notre plus grande richesse. Celle-ci tire sa grandeur du fait qu’elle appartient au peuple, qu’elle est collective. Et c’est pourquoi notre objectif primordial est de socialiser l’expression esthétique et d’éliminer totalement l’individualisme bourgeois [...]. Nous proclamons que lorsqu’on passe d’un ordre décrépit à un ordre neuf, les créateurs de beauté doivent faire tous leurs efforts pour que leur production ait une valeur idéologique pour le peuple. Ainsi, le but de l’art, qui est actuellement une expression de la masturbation individualiste, sera enfin un art pour tous, un art d’éducation et de lutte. »
Déclaration sociale, politique et esthétique vers 1922.

DAN SIMMONS écrivain nord américain, né en 1948
"Ce n’était pas un arbre-monde, ni un vaisseau arbre.
J’avais entendu des légendes folles, de la bouche d’Enée, en fait, donc ce n’était pas probablement des légendes, sur un arbre anneau autour d’une étoile, un anneau fantastique de matière vivante tressée et se déployant autour d’un soleil semblable à celui du système de l’Ancienne Terre. J’avais une dois essayé de calculer combien de matière vivante cela exigerait et décidé que c’était absurde.
Ce qui se déployait de chaque côté de moi, ce qui s’incurvait sur des distances trop grandes pour que mon esprit formé sur une planète puisse l’appréhender, était une sphère de tissu végétal entrelacé, des troncs de dizaines ou de centaines kilomètres de long, des branches de plusieurs clicks d’épaisseur, des feuilles larges de plusieurs centaines de mètres, des racines s’étirant comme les synapses de Dieu sur des centaines, non… des milliers de kilomètres dans l’espace, des branches en treilles s’étirant dans toutes les directions, des troncs longs comme le Mississippi qui semblaient au loin de minuscules brindilles, un arbre grand comme mon continent natal d’Aquila, sur Hypérion, se fondant en milliers d’autres bosquets et masse de verdure, se recourbant vers l’intérieur et l’extérieur, de tous les côtés, dans toutes les directions… il y avait de nombreuses brèches noires, des trous dans l’espace, plus grands que les troncs et la dentelle de verdure qu’on voyait au travers… mais nulle parts les brèches n’étaient complètes… partout les troncs, les branches et les racines s’entremêlaient, ouvraient d’innombrables milliards de feuilles vertes au soleil qui brûlait dans le lieu géométrique du vide au centre de…
Je fermai les yeux…
- Ça ne peut être réel, dis-je.
- Si."
, in Cycle d’Hypérion, "L’éveil d’Endymion II", SF, éd. Pocket, p.192

KIKI SMITH : sculpteur et plasticienne américaine, née en 1954
« Aujourd’hui, dans nos sociétés, nous avons l’habitude de regarder à l’intérieur de notre corps uniquement lors d’évènements douloureux et mon travail consiste à donner aux visiteurs les moyens d’investir, de posséder, d’explorer son corps avec toutes les craintes et les doutes possibles qui le constituent. »

ROBERT SMITHSON : 1938-1973, artiste maéricain, théoricien du Land-art.
« Je ne pense pas, au plan artistique, qu’on soit plus libre dans le désert qu’à l’intérieur d’une pièce. » (1969).

« Pourquoi les mouches n’auraient-elles pas droit à l’art ? »

« Les questions que posent les miroirs restent toujours sans réponse. »

« Il faut se rappeler qu’écrire sur l’art, c’est remplacer la présence par l’absence, en substituant l’abstraction du langage à la chose réelle. »

JESUS RAFAEL SOTO : 1922-2005, artiste et plasticien vénézuelien, un des principal acteur de l’art cinétique.
« Chacun de nous essaye d’ouvrir des chemins différents pour que l’art puisse devenir vivant et contemporain »
28 mars 1999.

LOUIS SOUTTER : 1871-1942, artiste et peintre suisse
« Ce que je regarde, ce ne sont ni les escaliers, ni le toit, ni la cathédrale : c’est le vide qui est entre eux. »

NICOLAS DE STAËL : 1914-1955, peintre français d’origine russe.
« Il n’y a que deux choses valables en art :1) la fulgurance de l’autorité ; 2) la fulgurance de l’hésitation. C’est tout. L’un est fait de l’autre ; mais au sommet les deux se distinguent très clairement. »

« Les titres, ah, la, la ! Pas d’idée littéralement traduisible, dite dominant le tableau d’un bout à l’autre, si ce n’est pigmentaire, manuelle, plastique. Que voulez-vous, « Donc… », « Pourquoi ? », « Alors », « Oui », « Peut-être », « Jamais », « Maintenant », etc. sont des titres possibles à votre choix. »

« Il est trop tôt ou trop tard. On ne confond pas sa propre respiration. »

« J’ai choisi de m’occuper sérieusement de la matière en mouvement. »

« Ma peinture, je sais ce qu’elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de forces ; c’est une chose fragile dans le sens du bon, du sublime. C’est fragile comme l’amour. »

« J’y reste parce que je vais aller sans espoir jusqu’au bout de mes déchirements, jusqu’à leur tendresse. Vous m’avez beaucoup aidé. J’irai jusqu’à la sourdité, jusqu’au silence, et cela mettra le temps. Je pleure tout seul face aux tableaux. Ils s’humanisent doucement, très doucement à l’envers. » Au poète PIERRE LECUIRE.

« L’espace pictural est un mur, mais tous les oiseaux du monde y volent librement. »

« Quand j’étais jeune, pendant des années, j’ai peint le portrait de Jeannine. Un portrait, un vrai portrait, c’est quand même un sommet de l’art. J’ai peint ainsi deux tableaux, deux portraits. Les regardant, je m’interrogeais : qu’ai-je peint là ? Un mort vivant, un vivant mort ?... Alors peu à peu, je me suis senti gêné de peindre un objet ressemblant, parce qu’à propos d’un objet, d’un seul objet, j’étais gêné par l’infinie multitude des objets existants. »

« C’est indispensable, savoir les lois des couleurs, savoir à fond pourquoi les pommes de Van Gogh à La Haye, de couleur nettement crapuleuse, semblent splendides, pourquoi Delacroix sabrait ses nus décoratifs aux plafonds et que ces nus semblaient sans taches et d’une couleur de chair éclatante. » Novembre 1936.

« Chaque œuvre est un ensemble de signes inventés pendant l’exécution et pour les besoins de l’endroit. Sortis de la composition pour laquelle ils ont été crées, les signes n’ont plus aucune action. Le signe est déterminé dans le moment où je l’emploie et pour l’objet auquel il doit participer. »

« Je ne peux avancer que d’accident en accident – dès que je sens une logique trop logique, cela m’énerve et je vais naturellement à l’illogisme. »

« Lorsque je me rue sur une toile de grand format, lorsqu’elle devient bonne, je sens toujours atrocement une trop grande part de hasard, comme un vertige… »

« Plus l’ombre est précise, forte, inévitable, plus on a la chance de faire vite, clair, foudroyant (…). Il ne faut jamais que l’on sache d’où cela vient, où cela va. Les larmes sont un matériau aussi bien qu’autre chose. »

« Il faut travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience. »

« Toute vie est cruelle, parce qu’on n’est jamais assez sensible, jamais assez prévenant de soi, des autres. »

GEORGE STEINER : écrivain, essayiste, critique littéraire anglo-franco-américain, né en 1929
« Si le langage, si l’art existent, c’est parce qu’existe l’Autre. »

FRANK STELLA : peintre américain, né en 1936
« On voit ce que l’on voit. »

STENDHAL : 1783-1842, écrivain français.
« La beauté est une promesse de bonheur. »

« J’ai assez vécu pour voir que différence engendre haine. » (in Le Rouge et le Noir).

PAUL STRAND : 1890-1976, photographe américain.
« Tout art est abstrait dans sa structure. »

T

ANDREÎ TARKOVSKI : 1932-1986, cinéaste russe.
« Qu’ils se fient à ce qu’ils voient. Et qu’ils s’amusent à découvrir leurs passions. Ce qu’ils nomment ainsi, en réalité, n’a rien à voir avec l’énergie de l’âme, ce n’est que le produit de son frottement contre le monde matériel. L’essentiel, c’est qu’ils en viennent enfin à croire en eux-mêmes. »
in Stalker, scenario Arkadi et Boris STROUGATSI.

PIERRE TAL COAT : 1905-1985, peintre français.
« Je dis ce qui, d’effet profond, va animer un regard, l’obliger, d’un relais surgissant, à parcourir l’ondulation d’un silence reliant un autre relais, le premier s’effaçant. »

« Il est, par delà ce jour, d’autres horizons. »

ANTONI TAPIES : peintre, sculpteur et théoricien de l’art catalan, né en 1923.
« Pour Antoni Tapiès, peindre est un acte de résistance. A l’écrasement. A la négation. A la répression. En réinventant dans l’urgence la réalité, le peintre laisse sur le blanc du papier, des empreintes et des preuves. » (Par Jean Louis Pradel, critique d’art).

SYLVAIN TESSON : journaliste, écrivain voyageur et alpiniste français, né en 1972
« Mais la capacité d’émerveillement varie injustement selon les êtres. Les prisonniers qui savent se repaître de la beauté du lichen, de l’ingéniosité de l’argiope ou, comme Soljenitsyne, du chant d’un oiseau sur le rebord d’une lucarne supporteront mieux l’isolement (lisez dans Chamalov les pages sur l’incarcération vous lui saurez gré de ce qu’il y raconte si un jour on vous enferme !). Aurait-il survécu à la camisole, le vagabond des étoiles de London, s’il ne s’était pas jeté passionnément dans l’étude des mouches qui se repaissaient de ses larmes ? Ouvrir les yeux est un antidote au désespoir. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 34, éditions des équateurs

« Comment se fatiguerait-on des échos païens soulevés sous les nefs tropicales par le cantique permanent de la sève et du sang. La jungle est la plus puissante des hérésies, l’arbre, le meilleur refuge pour les fées répudiées. Voilà pourquoi en Europe celui qui tenait le goupillon n’a jamais eu cognée très loin. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 35-36, éditions des équateurs

« J’aimerai atteindre l’extinction totale de la pitié envers moi-même. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 64, éditions des équateurs

« J’ai vite compris qu’à trop divaguer sur les cartes on risquait la déception. Car le voyageur, une fois l’esprit encombré de mythes, ne partira pas pour découvrir des royaumes inconnus mais pour vérifier si ceux-ci ressemblent à son rêve. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 84, éditions des équateurs

« Quand la fille naît, même les murs pleurent (Roumanie).
Une fille donne autant de soucis qu’un troupeau de mille bêtes (Tibet).
Instruire une femme, c’est mettre un couteau dans les mains d’un singe (Inde).
La femme est la porte principale de l’enfer (Inde).
La femme que Dieu comble de bonheur est celle qui meurt avant son mari (monde arabe).
Merci, mon Dieu, de ne pas m’avoir fait naître femme (monde juif). »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 93-94, éditions des équateurs

« La dame anglaise, elle, avait bien tort qui, à l’académie des sciences de Londres, supplia Darwin que cela ne se sache pas quand il eut expliqué que l’homme descendait du singe. Il est au contraire heureux que nous l’ayons appris. Car nous savons à présent pourquoi nous sommes débiles à la course, maladroits à la nage, inaptes aux longues marches, incapable de sauter, de ramper, de voler. Tous nos malheurs sont nés du fait d’avoir quitté nos arbres. Il est salutaire d’y retourner au moins de temps en temps. Pour retrouver nos racines, il faut remonter dans les branches. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 147, éditions des équateurs

« C’est toujours dans cet ordre-là que les architectes devraient travailler : chercher d’abord un endroit où poser la fenêtre, construire la cabane ensuite. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 161, éditions des équateurs

« Ma dernière volonté sera d’être enterré sous un arbre que mon corps contribuera à nourrir. Ce sera ma manière de m’absoudre. J’aurai assez dévoré de viande pour donner la mienne, en juste retour, à des asticots. L’incinération serait une inélégance de mauvais payeur. Une grivèlerie. »
in Petit traité sur l’immensité du monde, p. 167, éditions des équateurs

HENRI DAVID THOREAU : 1817-1862, essiyste, enseignant et poète américain.
« Il semble que nous ne faisons que languir dans l’âge mûr pour dire les rêves de notre enfance, et ils s’évanouissent de notre mémoire avant que nous ayons pu apprendre leur langage. » (journal).

GILLES A. TIBERGHIEN : philosophe et enseignant français
« La cabane est toute en extériorité : elle s’ouvre à la nature et celle-ci la pénètre de part en part. »

« Construire une cabane, c’est ne rien fonder. »

« La cabane a quelque chose à voir avec le corps mobile et itinérant, avec le corps que nous sommes, la maison avec le corps que nous avons. »

« S’isoler pour cohabiter avec soi-même. »

WOLFGANG TILLMANS : photographe et plasticien d’origine allemande, né en 1968.
« Je me considère comme un artiste politique. Je veux représenter mon idée de la beauté et du monde dans lequel je veux vivre. »

JEAN TINGUELY : 1925-1991, sculpteur et plasticien d’origine suisse ayant appartenu au mouvement des NOUVEAU REALISME apparu en 1960.
« Kunst ist Revolte – l’Art est révolte.
Art moderne = jouer, forger, souffrir, bouillir, limer, exposer, forger, trépigner, poncer, brûler, rire, ériger, vendre, juger, démontrer, souder, emballer, monter, faire enlever…Toutes les machines sont de l’art. (…) Je dis : l’art est la distorsion d’une réalité insupportable. Je corrige la vision d’une réalité qui fond quotidiennement sur moi. L’art corrige, modifie un état, l’art est communication, contact _ … Seulement… Et après ? L’art est social, complet et total. (…)
La révolte est art : l’attentat est la plus belle fonction de l’art. (…)
A propos : l’art est-il moderne ?
L’art est moderne _ aussi moderne que, par exemple, les cavaliers peints par maître Giotto, qui a devancé de quelques siècles le cinéma et les bandes dessinées. (…)
L’art est total, car il peut être fait de n’importe quoi : pierre et pétrole, bois et fer, air et énergie, gouache, toile ou situation _ imagination et entêtement, ennui, bouffonnerie, colère, intelligence, colle et fil de fer, opposition ou appareil photo. Et puis, une belle raffinerie de pétrole ou ce pont de Johannites, dont la raison d’être fondamentalement devrait résider dans leur fonction, sont des contributions des ingénieurs et des techniciens, même si elle ne s’exprime qu’inconsciemment ou fonctionnellement. Tout est art. (L’art devrait-il être réservé aux artistes ?) Et aussi : l’art set partout _ chez ma grand-mère _ dans le kitsch le plus invraisemblable ou sous une planche pourrie.
La seule statistique (stabilité) concevable est celle de la vie, de l’évolution _ du mouvement.
L’art est mouvement
Car tout bouge
Car tout, etc._
Ou Lao-Tseu : le mouvement est plus fort que le dur _ la langue, qui est molle, subsiste _ les dents qui sont dures se brisent.
Et le définitif est de toute façon provisoire.
Et le chaos est ordre.
En outre je suis _ désespéré :
Car je suis un individu particulier enfermé en lui-même, pendu et condamné perpétuellement à être moi. Or, je veux m’échapper sans délai de cet état atroce. (…)
La folie est une dimension dans laquelle l’ironie trouve sa place. La folie est un élément poétique à la casse-noisette. La folie permet beaucoup de liberté et d’actes gratuits _ elle est, en fait, comme le pétrole ! _ elle confère par exemple à mes constructions un élément de provocation en même temps qu’une dimension sisyphéenne. Ou bien : il est plus facile d’aborder l’inconscient par la folie. (Est-ce bien juste ce que je dis là ?). La folie peut donc être utile et par conséquent revêtir un sens. L’art est folie et _ comme toute chose _ ne manque pas de sens. »
Extrait du quotidien bâlois National Zeitung, 13 octobre 1967.

« Les enfants réagissent mieux. Ils ne sont pas contractés, ils n’ont pas de préjugés, ne savent pas ce qu’est l’art. Ils voient un rouge, ils disent : c’est rouge. Ils voient une roue, c’est une roue… C’est très simple avec eux, l’approche se fait plus facilement… C’est mon public préféré. »

« Je voulais être autonome. Je gagnais mon propre fric, et je fichais en l’air mon propre fric. Je ne voulais pas m’engager sur la voie de la putainisation… Les œuvres d’art deviennent toujours un peu putes quand elles coûtent très cher. »

« Il y a une certaine sensualité à travailler à plusieurs, c’est joyeux, c’est un challenge. »

« Je ne suis qu’un voleur, un parasite de la technique, un piqueur, un pique-assiette de tout ce monde merveilleux de l’industrie. »

« La ferraille c’est bon marché, je profite de la ferraille. Dès que je touche à la ferraille, c’est la magie. Le fer c’est une matière que les dieux nous ont donnée, c’est la matière la plus précieuse. Exemple : Alexandre portait un harnais de fer et ses généraux avaient de l’or. Le fer était beaucoup plus prisé. La colonne la plus adorée en Inde est une colonne en fer. Le fer c’est sacré. Aujourd’hui c’est devenu une saloperie quinquailliste. Et pourtant c’est tellement beau ce qui existe en ferraille.
La ferraille : on peut la coller, on peut la décoller, une pierre à côté c’est vraiment plouc. La ferraille n’est pas ploucqueuse. La ferraille a le caractère d’être malléable. Elle existe en mille différentes qualités, milles aspects de tôles, de profils. Il y a un génie là-derrière qui est inouï. »

« Dans mon œuvre, il n’y a jamais eu de roues dentée, parce que ça signifie la régularité et la précision. Je suis attaché à l’introduction du hasard comme élément de fonction. La création du hasard fonctionnel est pour moi si essentiel que j’adore quand les courroies glissent, quand elles patinent et que l’on voit la roue qui tombe un peu parce qu’elle a un surpoids en descendant, et qu’une variabilité s’est ainsi produite. »

« La matérialité de l’aspect de mon travail compte très peu pour moi. C’est juste l’idée-vision qui est importante. Je veux passer au-dessus de l’idée de matière, je veux être méta-matière. »

« Méta veut simplement dire ailleurs, ça veut dire à côté, au dessus, c’est pas ça, c’est pas là (…). Ce que la métaphysique est à la physique. »

« Tu vois, le noir m’occupe, mais il n’a rien à faire avec le macabrisme. Le noir n’est pas du tout triste. Je suis tout à fait d’accord avec les chinois : c’est le blanc qui est triste. »

« Je pouvais continuer sur une peinture pendant des mois, jusqu’à usure totale de la toile : racler, revenir, sans laisser sécher la peinture ! C’était impossible pour moi : je n’arrivais pas à, disons, décider : voilà, c’est terminé ; à choisir le moment où, disons, il est donné à la pétrification. C’est à partir de là, au fond, que le mouvement s’est imposé à moi. Le mouvement me permettait tout simplement d’échapper à cette pétrification, à cette fin. »

« Tout bouge, il n’y a pas d’immobilité. Ne vous laissez pas terroriser par des notions de temps périmées. Laissez tomber les minutes, les secondes et les heures. Cessez de résister aux métamorphoses. SOYEZ DANS LE TEMPS _ SOYEZ STATIQUE DANS LE MOUVEMENT. Pour une stabilité dans le PRESENT. Résistez à la faiblesse apeurée d’arrêter le mouvement, de pétrifier les instants et de tuer le vivant. Arrêtez-vous de toujours réaffirmer des valeurs qui s’écroulent quand même. Soyez libre, vivez.
Arrêtez-vous de peindre le temps. Laissez tomber la construction des cathédrales et des pyramides qui s’écroulent quand même comme des tartes. Respirez profondément. Vivez à présent, vivez dans et sur le temps, pour une réalité belle et totale. »
Texte du Manifeste Für Statik dont 15000 exemplaires furent lancés sur la banlieue de Düsseldorf survolée par Jean Tinguely le 14 mars 1959.

« Je fais éclater les rapports de précision (…). J’introduis des hasards dans le machinisme exact. »

« Les dessins sont pour moi juste des apports techniques. Je dessine seulement _ honnêtement seulement quand j’ai un problème, d’ordre matériel et dont je ne sais pas comment trouver la solution entre ce que je cherche et ce que je rêve. Ce sont deux choses à la fois : le problème de l’ingénieur et de la forme. (…) La structure de mes machines doit avoir certains aspects matériels bien déterminés pour permettre la construction proprement dite. Or, lorsque ces aspects sont satisfaisants sur le plan constructif et sur celui du mouvement _ c’est-à-dire lorsque le mouvement obtenu est bon _, il se peut fort bien que le côté esthétique, l’aspect formel ne me plaise pas. Alors, j’ai un problème, je suis dans un conflit. Et là, je dessine… c’est en fait là que je dessine. Pour trouver une liaison entre la forme, son aspect, et les mouvements qu’elle devrait faire. (…) Je crois qu’avec une feuille de papier on peut quand même voir clair dans ce qu’on imagine. (…) En cherchant à voir clair, je cherche aussi à voir esthétiquement, c’est un combiné. Comme pour la machine. »

« Il y a des gens qui peuvent s’imaginer que je suis pour la machine, il a des gens qui peuvent s’imaginer que je suis contre la machine. Finalement, je ne peux pas bien répondre moi non plus parce que la machine, c’est notre grande matrice à nous tous, à toute notre civilisation en tout cas. On la prend très au sérieux. Elle nous terrorise aussi pas mal. Elle nous nourrit, nous fait gagner de l’argent, elle nous fait vivre, elle nous donne de l’électricité, tout un tas de choses. (…) Tout ce qui nous entoure, tout ce qui caractérise notre société est indéniablement lié à la machine. »

« C’est l’antithèse de Chaplin. Il n’y a aucun rapport avec lui. Chez lui, c’est le fonctionnalisme qui règne, et l’homme est ridiculisé, esclave. Chez moi, dans l’ensemble, je doute de l’efficacité de la machine. (…) Ma machine est idiote. Sa machine à lui est forte, elle domine l’homme. Chez moi, ce n’est pas l’homme qui devient fou, c’est la machine qui est folle. Elle se suicide. »

« Je mets la machine en doute, je crée un climat critique, de ridiculisation. J’introduis de l’ironie. Mes machines sont ridicules ou bien elles sont rebelles, mais elles ne servent à rien. »

« Les machines actuelles sont carénées, il n’y a pas beaucoup à voir… Dans les machines-outils, oui _ mais quand tu vois une vieille perceuse _ c’est fantastique ! C’est vraiment un bel objet ! Parce qu’aujourd’hui tu ne vois plus rien, c’est un bloc et toc ! Il y a une tige qui sort et des boutons sur lesquels tu presses… Ils perdent évidemment en plasticité… Plus la machine devient importante pour nous, moins elle devient visible, physiquement… Eh bien ! Tout ce que l’industrie cache, moi, je le sors, je le mets à la vue, je bosse avec ses tripes. »

« Je dois faire presque aussi bien que les gens qui font des machines utiles _ techniquement parlant… Mais les miennes ne subissent pas les inconvénients de la machine, c’est à dire d’être démodées demain pour des raisons techniques, parce qu’elles n’ont pas de raison technique d’exister, elles ont une raison autre… »

« J’aime dans mon travail cette idée de transformation, il y a quelque chose de solide, quelque chose qui tient, qui va très loin, qui est prés de la vie… »

« Mon passe-temps sera et a été toute ma vie de faire des blagues aux moteurs et d’obtenir d’eux des comportement anti-moteur, anti-suisse, anti-précis, anti-industrieux. »

« Comme du bruit, mais des bruits contrôlés. Il n’y a aucun bruit qui me déplaît dans mes machines, sinon j’interviens tôt ou tard. A la base, il y a toujours des bruits, alors je procède plutôt par enlèvement de bruits. Parfois il y a un bruit qui fait son apparition au bout de quelques mois et que je n’aime pas. Il est très difficile de le repérer dans l’ensemble des sonorités d’une machine qui accomplit jusqu’à une trentaine de mouvements différents. Il faut presque y aller avec un stéthoscope. Avec un entonnoir, on arrive à l’identifier. Donc, pour répondre à la question, je dirais que ce sont des bruits, des sons. Pas de la musique, parce que ce serait prétentieux de parler de musique… Ce sont des sons pris en considérations. »

« Dès que tu fais quelque chose en mouvement, ils est inclus dans son prix que tu auras un arrêt. »

« Chez moi, il y a toujours ces deux mondes : positif/négatif. Ca bouge, c’est joyeux, positif. Et tout à coup, ça ne marche plus, c’est la catastrophe : négatif. Ce n’est pas de la philosophie, c’est la réalité, comme le fait que la mort est incluse dans le prix de chaque vie. »

« Je ne veux pas provoquer le terreur, je veux éviter la terreur, je veux la terreur … dérisoire ! »

« Le carnaval de Bâle exprime plus de rapports et de contacts avec la mort que n’importe quel autre. Le côté sinistre, macabre, le macabrisme, est une grande culture à l’intérieur du carnaval bâlois. La nuit, il ne reste plus que les actifs du carnaval. (…) ils ont la force psychique de tenir le coup par une folie intégrée, avec cette force de frappe qui est expressive pour chacun individuellement derrière son masque. (…) J’aime cela, ça m’a beaucoup appris. Le carnaval de Bâle, c’est mon grand professeur. »

« J’ai été parfois un peu démoralisé par le fait que je me disais : putain ! Ca ne va jamais tenir tout ça, mon œuvre est éphémère… »

« Le fric et les musées sont anti-art par définition. Pour moi, se faire muséifier, c’est se faire bouffer, se faire absorber. (…) Mon intention est déboussoler, déboulonner, démonter toute forme d’autorité culturelle. J’ai encore aujourd’hui de vastes tendances à donner des coups de pieds dans le système. »

« Mon travail est en partie basé sur le passé, tout ce que tu fais tu l’as mémorisé, tu as été heurté quand tu étais jeune… Tu dois toujours aller chercher en arrière. Même si tu ne fouilles pas, même si tu n’as pas besoin d’aller chez le psychiatre, même si tu ne sais rien, c’est quand même en arrière que tu vas chercher tes substances essentielles. »
« Des machines à sons, j’ai commencé d’en construire tout gosse. Le samedi, notre jour de congé, je partais au petit matin, un sandwich dans la poche. Mon but était un coin de forêt fermé tout en haut par les arbres et traversé par u ruisseau médusant. Ça et là des fantômes de fleurs, une herbe noire et des troncs noueux. Mais surtout, une merveilleuse situation sonore, un vide intense constellé de chétifs bruits bizarres, difficilement identifiables. Et si, par inadvertance, dans une tache d’ombre, je marchais sur une branche, l’éclat d’un orage me répondait. Je voulais participer à cet environnement de sons. Alors, je creusais des petits trous dans le lit du ruisseau. Avec des pinces et des bouts de fil de fer dégotés dans les décharges publiques, je confectionnais des roues, des pâles, un axe, une came surmontée d’un petit marteau (souvent un vieux boulon rouillé ou une pierre emmaillotée de fil de fer), qui retombait sur une boîte de conserve, une bouteille, un morceau de verre. Les roues évidemment, je les bricolais de grandeurs différentes ; elles tournaient donc à des vitesses différentes. En outre, je les disposais à des endroits où le cours était là plus rapide, ici plus lent. Bref, je plaçais un élément sonore (roue, came, marteau), tous les deux ou trois mètres. Le soir, quand on n’y voyait goutte, je m’en allais, laissant derrière moi un orchestre de cinquante mètres de long. Et qui fonctionnait. J’ai beaucoup construit par la suite, mais jamais mieux que ça. Ce n’était pas de l’art mais un évènement. J’imaginais un spectateur innocent, un chercheur de champignons, un garde forestier, qui seraient arrivés là et auraient découvert mon orchestre, éraillé peut-être par une petite branche venue coincer une roue. Quand je revenais, le samedi suivant, trois ou quatre éléments faisaient encore pim... kling... pom... Alors je réparais le tout. Je conseillerai à beaucoup d’orchestres d’aller jouer au moins une fois dans la forêt _ même s’il n’y a pas de place pour le public. La forêt répond mieux, elle est plus molle, elle est meilleure qu’une salle, même si parfois, un public de dix mille personnes peut conférer à celle-ci une certaine tendreur. »

JOSEPH MALLORD WILLIAM TURNER : 1775-1851, peintre, aquarelliste et graveur anglais.
« Chaque coup d’œil doit être un coup d’œil d’études. Chaque regard sur la nature découvre ce qui dépasse l’art. »

« La peinture, c’est une chose étrange. »

PATRICK TOSANI : photographe et plasticien français, né en 1954
« Photographier c’est choisir quelque chose, choisir un endroit où va rester ton regard. »

« La photo c’est une histoire de cadrage. »

JAMES TURRELL : artiste plasticien américain, né en 1943
« D’où la lumière vient-elle dans les rêves ? Elle est magique, elle a de la substance, elle a une présence physique… J’aime donner de la substance et de la réalité aux choses que nous avons décrétées insubstancielles et transitoires. »

LUC TUYMANS : peintre belge, né en 1958.
« Lorsqu’ils fonctionnent, les tableaux doivent avoir cette terrible intensité du silence… du silence avant l’orage. »

TRISTAN TZARA : 1896-1963, poète, écrivain et essaiyste d’origine roumaine, fondateur du mouvement Dada.
« Dada ne signifie rien. Je suis contre tous les systèmes, le plus acceptable des systèmes est de n’en avoir aucun. » (avril 1916).