Publié : 26 octobre 2012

Feminin, par JULIETTE RAHBAN

"La première idée que j’ai eue était d’exprimer une féminité qui choque le spectateur, le bouscule dans ses idées. Une féminité violente comme cette notion l’était pour moi. Je voulais peut-être me décharger dans ce travail, essayer de me libérer d’une sorte de haine, de rancœur que cette notion de féminité m’inspirait. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de faire quelque chose de grand.

Le dessin m’est venu tout de suite, je ne l’ai compris qu’après coup. Un mélange femme et végétal, une femme dénudée, mais d’une façon inhabituelle. Pas « belle », pas attirante, pas désirable. Plus que dénudée, dépecée. Aux formes déformées. Etirées, gonflées, arrachées. Encore moins que des os, il ne reste plus que de la terre, des branches sans feuilles, des racines. Pour essayer de capturer l’essence de la féminité.

Cette féminité, je la détestais, c’est pourquoi je l’ai crucifiée. Crucifiée, comme le Christ, car c’est l’éternel, l’essentiel que j’ai voulu saisir. C’est pour ça aussi que je l’ai installée sur une église. Toujours dans l’intention de choquer, je l’ai placée sur la porte d’entrée, bloquant le passage, s’imposant. Cette féminité n’était ainsi plus en position de vulnérabilité. Je l’ai aussi placée sur un mur de cette église, de façon moins ostentatoire, mais tout de même désacralisante, à une place inattendue.

J’ai écrit que j’ai compris ensuite ce dessin, et surtout sa position. Je trouve celle-ci assez paradoxale. En regardant la partie supérieure de ce corps, on voit une femme la tête en arrière, les bras écartés, la poitrine en avant. Comme si elle se donnait ?

En revanche, ses jambes sont croisées, et même entre-croisées, presque entre-nouées. Peut-être une revanche ? Non, elle ne se donne pas, la féminité, ce n’est pas ça. C’est aussi un grand mystère.

Par ailleurs, lorsque j’ai commencé à peindre, je pensais la représenter cadavérique, écorchée, souffrante, aux couleurs froides… Et je me suis posée, pour la première fois, la question des couleurs. Et si je m’y laissais aller ? A l’intuition ?

Le pire est que cette petite femme dont je venais de peindre les contours, je commençais à m’y attacher. Alors j’ai voulu lui donner des couleurs que j’aimais, des couleurs de la vie. Cette femme ne serait pas une plaie ouverte, ce serait surtout une part de magie, d’alchimie végétal / humaine, comme les Arbrorigènes d’Ernest Pignon Ernestou le Sentier de Charmede Giuseppe Penonne de poésie, de force de vie. Ces branches ne sont plus celles d’hiver qui ont perdu leurs feuilles, leurs mousses sur leur écorce, mais celles qui poussent, qui naissent.

Tout en gardant ses douleurs qui font partie d’elle-même, de ce qu’elle est : elle saigne encore entre ses jambes. Elle garde un collier revendicateur : il ne faut pas souffrir pour être belle.

Les travaux photographiques et infographiques sont un prolongement, presque végétal, de ce travail. "

JULIETTE RAHBAN, TL

Note de l’enseignant : les pratiques en terminales en Arts plastiques sont techniques libres. Autonomie, projet de l’élève sont au coeur de nos programmes. Cette liberté n’est pas évidente et, comme j’ai eu à le rappeler en début d’année, les pratiques qui mettent en jeu le corps dénudé sont très problématiques. Il ne s’agit donc pas de céder à un exhibitionnisme inconscient mais d’être bien conscient des enjeux de ce genre de pratique car il serait catastrophique de présenter de tels travaux sans savoir argumenter et exposer le sens d’une telle démarche.

Maîtrise technique, capacité à développer une démarche artistique et un propos personnel, qualité de l’expression, connaissance du vocabulaire plastique, connaissance des oeuvres au programme et de l’Histoire de l’art ; voilà ce qui est évalué aux oraux du baccalauréat en Arts plastiques et dont fait bien état son texte.

Juliette Rahban a obtenu son bac littéraire avec mention, (avec un 20/20 à son oral en arts plastiques). Elle termine brillamment ses études à l’École de l’image d’Épinal et a été par deux fois accompagnatrice sur les résidences au centre d’Arts La Source
Son travail est visible sur son blog : Julietteries

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